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Les personnages dans « Un barrage contre le Pacifique »

LES PERSONNAGES

LEUR DIMENSION PHYSIQUE

La cabine de bain   Suzanne et M. Jo Plusieurs scènes dans le roman mettent en évidence l’importance du corps, avec une érotisation de certaines parties (les pieds, les seins), admise parfaitement par les personnages : la scène de la salle de bain, avec M. Jo, Carmen et ses jambes, « miraculeusement belles », le bain (évoqué p. 208), Agosti rendant hommage au corps de Suzanne. 

Cela est associé à un thème connexe : la virginité. Face aux demandes de M. Jo comme face à celle de Barner , qui recherche une jeune fille vierge (p. 72), plus facile à « façonner », Suzanne refuse, malgré les conseils de Carmen. Elle refuse ainsi de dissocier ce qui relève du corps de ce qui relève de l’esprit. Quand elle tentera cette dissociation (p. 320), cela ne marchera pas. Il ne lui restera alors qu’une seule solution : se débarrasser de cette importance accordée au corps en perdant, par un choix délibéré, sa virginité, avec Agosti.

Ajoutons à cela l’importance des sensations qui, pour chaque personnage, contribuent à susciter, ou à renforcer, le désir. 

La danse à Ram    La musique (Ramona ), associée à la danse, revient comme un leitmotiv, toujours mise en parallèle avec le désir : le premier baiser de Suzanne (p. 44), avec le nouveau phono (pp. 85-86), Joseph avec Lina (p. 270), Suzanne et Agosti (p. 340). 

Le regard, pour sa part, semble se matérialiser : il touche de façon concrète. Mais de ce fait, il crée une ambiguïté. Etre vue, pour Suzanne, signifie accéder à l’existence. Mais, si ce regard ne suscite pas l’amour, être vue devient être niée et le regard se fait alors menace (pp. 185-87). 

Enfin on notera la sensation de l’eau sur la peau, qui se charge d’une double valeur symbolique, opposée. Elle représente une menace: chargée d’une force érotique, elle fait peur. C’est dans le rac qu’on jette ce qui est impur, ce qui est pourri: Joseph veut y jeter le diamant, Suzanne y jette la robe bleue (p. 320). Mais, inversement, elle symbolise la liberté et la pureté : après le départ de M. Jo, c’est ce rôle qu’elle joue pour Suzanne (p. 155).

L’EXPLOITATION

Dès le deuxième chapitre, un objet prend une place essentielle, le diamant, chargé d’une valeur symbolique double. Pierre traditionnellement associée aux fiançailles, il symbolise l’amour avec sa promesse d’éternité ; mais pierre précieuse coûteuse, il symbolise aussi la richesse. Ainsi autour de ce diamant s’organise tout le réseau des personnages dans une relation qui oppose richesse et pauvreté et en fonction de leur réaction face au diamant. Le garder, c’est accepter qu’il soit gage d’amour sincère ; le vendre c’est le ramener à sa stricte valeur marchande. Mais, dans ce second cas, la bague, offerte à Suzanne par M. Jo dans l’espoir de posséder la jeune fille, devient un symbole de prostitution, signifié par le « crapaud », l’impureté qui l’entache. 

Pour M. Duras, le fonctionnement social est, en effet, vu comme une prostitution généralisée : tout le monde se vend, des plus pauvres aux plus riches. Le cas extrême se produit lors de la construction de la piste : les femmes indigènes vendent leur corps aux miliciens contre de la nourriture (pp. 244-45). 

Dans ce gigantesque marché qu’est le système colonial, nul ne peut échapper à l’emprise de l’argent : la mère a vendu sa propre existence pour acheter la concession qui devait la faire vivre avec ses enfants (p. 290) et les agents cadastraux l’ont délibérément trompée. Elle ne peut, dans sa dernière lettre, que crier son impuissance et sa haine (pp. 287-297). 

Mais l’amour révèle aussi des rapports fondés sur la supériorité ou l’infériorité sociale : Suzanne aussi est comme « à vendre », et sa mère en est consciente (p. 110 et p. 124). La bague, en effet, n’appartient pas vraiment à Suzanne, mais à sa famille, et, comme elle venait de la mère de M. Jo, elle souligne le contraste entre les deux familles : elle symbolise l’opposition entre richesse et pauvreté, entre force des puissants et faiblesse des opprimés. Dans ces conditions, l’amour n’est plus qu’un échange dépourvu de sentiment, et même de désir (p. 107, pp. 179-180). L’argent finit par pervertir toute relation amoureuse :  Lina a acheté le diamant à Joseph 20 000 francs, mais elle le lui rend, comme pour effacer l’achat et rétablir une vérité des sentiments. Agosti ne peut être aimé de façon pure car lui aussi va être mêlé à la vente du diamant (pp. 323-25, 339-40). 

Mais, parallèlement, l’argent est nié, car l’accepter signifie admettre sa propre faiblesse et la prostitution en général. Finalement Suzanne est plutôt soulagée que sa mère la frappe et lui reprenne la bague : cela lui rend sa propreté, en quelque sorte ; de même Joseph préfère rendre la bague à la mère plutôt que la garder ; même la mère est comme accablée de retrouver le diamant (pp. 241-42).

VERS UN AMOUR ABSOLU 

Dès le début du roman, les personnages  sont en quête d’amour : Suzanne guette la voiture qui passera, 

Joseph, le chasseur Joseph le gibier,  puis la femme aux cigarettes de luxe, M. Jo une jeune fille vierge qui puisse l’aimer…

Les rêves de la mère  De même la mère est animée par le désir de faire pousser quelque chose, d’apporter à ses enfants un bonheur, mais détruite par la conscience de ne pas y arriver. Elle entretient une relation ambivalente avec ses enfants, partagée entre amour et haine.

Le couple Joseph-Suzanne occupe une place privilégié dans le roman, très ambiguë. Il y a sans cesse, chez Suzanne, un lien établi entre le désir amoureux en général, et Joseph, le désir impossible. Ainsi la demande de M. Jo de la voir nue dans la salle de bain (p. 72) la ramène à son frère ; c’est d’ailleurs lui qui exigera la rupture. De même, à la sortie du cinéma  c’est Joseph qu’elle cherche (pp. 190-192) ;  et à nouveau c’est à Joseph qu’elle compare Barner (p. 211). Joseph apparaît donc comme le seul amour absolu. Suzanne devra surmonter cela pour se libérer : mettre la robe bleue (p. 320), c’est transgresser l’ordre de Joseph, donc lui échapper. De même Joseph devra nier la Mère et Suzanne pour s’échapper : p. 275, p. 281. 

=== L’amour absolu est une sorte de triangle à briser, ce que fera Suzanne avec Agosti : elle gagnera ainsi sa liberté, symbolisée par l’ananas coupé (pp. 343-44).  Mais le départ se fait à trois. 

Joseph et Lina   Lina, femme plus âgée, hérite d’un amant qui sera aussi comme un fils même s’il joue le rôle du mari, prenant les décisions et se faisant obéir. Pour Suzanne, l’absolu reste à trouver : il est dans « l’ailleurs », dans le fait même de partir, donc de quitter les lieux de l’enfance. 


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