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14
nov 2009
« Le Tartuffe » : lecture analytique, acte III, scène 3
Posté dans Classicisme, Théâtre par cotentinghislaine à 1:30 | Commentaires fermés

ACTE III, sc. 3 : le séducteur

INTRODUCTION 

Molière est un auteur reconnu et apprécié du roi Louis XIV quand, à l’occasion d’une fête à Versailles, il fait jouer, en 1664, sa comédie, Le Tartuffe. Mais le royaume est alors divisé autour des questions religieuses et le parti des dévots est puissant. Ils s’indignent face à la pièce, et leur cabale oblige le Roi à la faire interdire. Sa représentation ne sera autorisée qu’en 1669 après qu’elle aura été plusieurs fois remaniée.   

Présentation du texte : Les 2 premiers actes nous ont présenté la perturbation introduite dans la famille d’Orgon par Tartuffe, que Mariane doit épouser contre son gré.  Tartuffe apparaît enfin à l’acte III. Elmire a décidé de le rencontrer pour qu’il renonce à ce mariage. Mais face à elle celui-ci se fait alors pressant, puis, à mots voilés, lui déclare son amour (cf. tirade précédente). 

Qui est réellement Tartuffe ?

LE MASQUE DE LA DÉVOTION 

Le masque de Tartuffe se révèle déjà lorsqu’il dresse le portrait d’Elmire. Son langage réalise un amalgame entre le champ lexical du corps, qui révèle son  matérialisme, et le champ lexical de la religion, avec les mots de la dévotion. « vos célestes appâts » qualifie les charmes du corps féminin, repris par « attraits » ;  sa « splendeur plus qu’humaine » donne une image du rayonnement telle une icône religieuse. Il évoque ses  »regards divins« , puis l’interpelle avec la formule « ô suave merveille » qui unit la sensualité de l’adjectif et le nom, qui renvoie au surhumain. Ainsi Elmire est transformée en un être céleste. Certes ce langage est hérité de la Préciosité, mais, chez Tartuffe, ce langage dévot est devenu un langage naturel et la dévotion lui fournit une excuse commode : en aimant Elmire, il aime la beauté créée par Dieu. Mais le terme « dévotion » (v. 986, avec diérèse) touche au blasphème en confondant l’amour pour une femme avec l’amour que le chrétien doit avoir pour son dieu.

Mise en scène de Maréchal  Mise en scène de Weber  Tartuffe, le séducteur  Il en va de même lorsque Tartuffe brosse son auto-portrait, auquel l’exclamation initiale donne le ton. La religion lui offre à nouveau un masque commode, puisque l’homme a été créé par Dieu avec une âme et un corps :  » pour être dévot, je n’en suis pas moins homme », « après tout, je ne suis pas un ange ». Cet amour devient donc une épreuve envoyée par Dieu (« les tribulations » avec diérèse), et Tartuffe se présente comme un héros tragique, déchiré par une lutte intérieure entre sa passion (« de mon intérieur vous fûtes souveraine », « un cœur se laisse prendre ») et sa dévotion : il décrit longuement sa lutte avec « la résistance où s’obstinait [s]on cœur », et l’énumération sans articles, « jeûne, prières, larmes ». Tartuffe avoue volontiers sa défaite, avec un vocabulaire militaire, rejetant la faute sur le charme d’Elmire : « força la résistance ». Cet aveu se fait insistant : il n’est que son « esclave indigne », il n’est que « néant ». Cet aveu d’une faiblesse toute humaine fournit ainsi une excuse commode à sa faute. 

=== Tartuffe est un « imposteur » dans un sens scandaleux ici, puisqu’il met le langage et le dogme de la religion au service de son désir purement sensuel.

LA VÉRITE DÉVOILÉE

Le désir de Tartuffe est si fort qu’il lui ôte une partie de sa prudence. Sa sensualité se révèle par l’importance accordée au regard (« voir », « dès que j’en vis ») et la référence à l’image biblique de la femme (Ève), coupable, séductrice et tentatrice, à laquelle l’homme ne peut résister : reprise de « charmants attraits » par « charme ».  Masquée par le lexique religieux, l’expression du désir reste cependant très nette dans l’appel lancé à Elmire. Elle doit le « contempler d’une âme un peu bénigne« , c’est-à-dire se montrer « bonne » et généreuse pour effacer les souffrances qu’elle lui fait endurer. Il serait donc logique qu’Elmire, fautive en quelque sorte, répare cette faute en cédant aux avances de Tartuffe : « que vos bontés veuillent me consoler ».

=== Ainsi l’appel à l’amour devient un appel à une charité toute chrétienne. 

Mais, à la fin de la scène, Tartuffe se fait tentateur. On observe l’opposition entre la réalité du discours (« amour », « plaisir ») et le souci de préserver l’apparence : « renommée », « discret », « secret », « sans scandales », soulignée par la symétrie du vers 1000. À la fin de sa tirade, la malhonnêteté de Tartuffe apparaît directement par sa promesse de discrétion, ( rôle des négations, v. 987-988) alors même qu’il s’agit de faire commettre le péché d’adultère.

La tentation se met en place par une opposition signalée par le connecteur « Mais » (v. 995). D’un côté il place les « libertins », les « galants de cour ». Son mépris envers eux est parallèle à son mépris envers les femmes, « folles » de les aimer. On note le champ lexical du langage, ici péjoratif : «  »bruyants », « paroles », « se targuer » (se vanter tout haut), « divulguer », « langue indiscrète ». Mais derrière sa critique, qui prétend revaloriser la femme aimée (« déshonore l’autel où leur cœur sacrifie », v. 989), il s’agit bien de poser la tentation, en faisant l’éloge de l’autre catégorie de séducteur, désignée par le pronom « nous » dans lequel Tartuffe s’englobe : il devient ainsi le modèle de nombreuses personnes, qui font passer l’apparence avant la réalité. Mais qui sont ces personnes ? De simples « libertins », plus habiles ? Des « faux dévots » ? On comprend que la pièce, qui sous-entend que les « Tartuffe » sont nombreux, ait pu susciter une cabale. 

=== Finalement, l’adultère est effacé (cf. v. 1000) l’essentiel est de ne pas prendre de risques, de profiter du « plaisir » (en relief à la fin de la tirade), et la peur de Dieu devient seulement la peur du « qu’en dira-t-on ? »

CONCLUSION 

Chez Tartuffe, le « masque » est devenu une seconde nature, puisqu’il imprègne même le langage du personnage. Il est incapable de parler sans recourir à un lexique religieux. Mais, comme s’y mêle l’expression sensuelle du désir, l’hypocrisie de « l’imposteur » ressort avec plus de force. 

Dorine avait déjà mis l’hypocrisie de Tartuffe en évidence face à Orgon. Mais le registre restait comique. Ici, on s’interroge : s’agit-il encore d’une comédie ? Molière touche à un sujet grave, celui de la religion mise au service du vice : Tartuffe affirme que, finalement, tout est permis… Il suffirait de savoir se taire. 

=== Tartuffe commence à apparaître comme un personnage dangereux, car sans scrupules.


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