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14
nov 2009
« Le Tartuffe » : lecture analytique, acte IV, scène 5
Posté dans Classicisme, Théâtre par cotentinghislaine à 12:16 | Commentaires fermés

Acte IV, sc. 5 (du v. 1477)-6-7

 

L’imposture révélée

  

INTRODUCTION

Molière est un auteur reconnu et apprécié du roi Louis XIV quand, à l’occasion d’une fête à Versailles, il fait jouer, en 1664, sa comédie, Le Tartuffe. Mais le royaume est alors divisé autour des questions religieuses et le parti des dévots est puissant. Ils s’indignent face à la pièce, et leur cabale oblige le Roi à la faire interdire. Sa représentation ne sera autorisée qu’en 1669 après qu’elle aura été plusieurs fois remaniée. 

Présentation du texte  : Les 2 premiers actes nous ont présenté la perturbation introduite dans la famille d’Orgon par Tartuffe, que Mariane doit épouser contre son gré. L’arrivée de Tartuffe à l’acte III révèle son « imposture » : ce dévot tente de séduire Elmire. Surpris et dénoncé par Damis à Orgon, celui-ci préfère croire Tartuffe, et il chasse son fils. Le seul moyen restant pour le convaincre est qu’il découvre lui-même la vérité. Elmire le cache alors sous la table pour qu’il assiste à la conversation. === L’imposture de Tartuffe sera-t-elle révélée?

LA MISE EN SCENE DU DEVOILEMENT

 

Nous sommes dans une scène traditionnelle dans la comédie : un mari, caché, assiste à la tromperie de sa femme. Cependant ici ce n’est pas la femme qui trompe, mais Tartuffe, et le mari est complice de la situation. 

Le trompeur trompé    une scène de séduction  A priori cette situation d’énonciation rend la scène comique : Orgon est certes caché, mais la mise en scène peut l’amener à se faire voir du public par instants. Le rire vient du sentiment de supériorité du public : il sait ce que Tartuffe ignore. Il comprendra alors la double énonciation des répliques d’Elmire. Elles sont à la fois destinées à Tartuffe, pour lui faire croire à sa sincérité et l’amener ainsi à se dévoiler, mais aussi à Orgon, pour qu’il mesure l’hypocrisie de Tartuffe : les vers 1479-1480 soulignent l’opposition à la rime entre la réalité du désir coupable(« vous voulez ») et l’apparence de la dévotion (« vous parlez »). 

Ce double jeu apparaît nettement dans l’emploi du pronom « on » le « on » du langage précieux qui désigne l’objet aimé ( Elmire pour Tartuffe au v. 1481, Tartuffe pour Elmire aux v. 1510, 1513-1515) et  le « on » qui désigne Orgon dans ces mêmes vers 1510-1515, à double sens car Elmire tente de l’alerter. 

Les réactions d’Orgon  évoluent au fil des scènes. 

Pendant toute la scène 5, Orgon ne réagit ni à l’hypocrisie du langage de Tartuffe, ni à la gêne croissante d’Elmire, soulignée par les didascalies (la toux) et par le commentaire de Tartuffe. Cette absence de réaction est d’ailleurs relevée par Elmire, par des répliques à double sens : « un rhume obstiné » (l’entêtement d’Orgon), le vers 1501, avec le double sens du « on ».   

La sortie d’Orgon, à la scène 6, est due à son amour-propre : il n’a réagi qu’à la critique de Tartuffe contre lui (v. 1524-1526). Cela est marqué par l’ironie d’Elmire avec les interrogations oratoires (v. 1531), les impératifs ironiques.  Le public rit de la bêtise d’Orgon et de sa colère qui le conduit à inverser son langage contre Tartuffe : « abominable », « rien de plus méchant n’est sorti de l’enfer ». Mais cela masque en réalité son égoïsme.   

A la scène 7, la parole d’Orgon, confisquée jusqu’à présent (par Dorine) ou inefficace (« le pauvre homme ! « ) redevient celle du chef de famille, exprimant son pouvoir de maître les exclamations porteuses d’ironie (v. 1542-1546) ;  l’imparfait qui rejette les actes de Tartuffe dans le passé (v. 1546) ; l’impératif (v. 1554-1556) 

=== Le public peut croire à un dénouement, apte à satisfaire la morale : le trompeur a été, à son tour, trompé.   

L’IMPOSTEUR    

Mise en scène de Vitez       Tartuffe le séducteur   La scène 5 nous confirme l’hypocrisie déjà vue chez lui, celle du « faux dévot »La religion, déniée (« ces craintes ridicules »), se met au service du désir sensuel humain : l’homme s’affirme supérieur à ses décrets (v. 1582). La promesse de silence, déjà faite, est reprise par le champ lexical du secret, avec 2 vers (1503, 1506) qui forment comme une nouvelle loi morale, immorale. 

Mais Molière s’attaque ici plus directement à la pratique des Jésuites, « direction d’intention » ou « casuistique » : « l’intention » pure peut excuser l’action coupable. Ainsi il oppose la loi morale (« de vrai », v. 1487) aux « accommodements », soulignés par plusieurs diérèses. Le discours de Tartuffe est scandaleux (cf. la cabale des dévots) dans une situation d’adultère, d’où le rôle de la didascalie : elle a une valeur explicative, qui atténue par avance l’audace du discours de Tartuffe. Par ce blâme Molière prend une distance prudente. Mais il faut penser que, sur scène, le public n’aura pas la didascalie, elle n’est destinée qu’à des lecteurs, capables d’avoir le temps d’en comprendre le sens.    

La puissance de Tartuffe éclate dans ces trois scènes, où, avec fierté, il affirme son pouvoir. A la scène 5, il ridiculise Orgon, dépeint avec mépris par l’animalisation (v. 1523-1526) en ours bien dressé. L’ironie contre la crédulité d’Orgon se manifeste par l’inversion de la foi religieuse : « voir tout sans rien croire« . A la fin de la scène 7 Tartuffe tente d’abord de nier, comme il l’avait fait à l’acte III, scène 6. Devant son échec, la menace qu’il lance inverse la situation, constituant un coup de théâtre, et relance l’action. Il prétend accaparer les biens d’Orgon (v. 1558, avec la « donation » faite par Orgon) et menace l’honneur d’Orgon (v. 1562). Cette menace reste obscure, et ne sera explicitée qu’au début de l’acte V. Orgon aurait aidé un ami en fuite. Pourquoi ? Quand ? Molière fait-il là allusion à la Fronde ?.

CONCLUSION 

Cette scène se rattache à la farce : le comique de la situation et la mise en scène, lié aux jeux sur le langage permettent de faire ressortir le caractère d’Orgon, sa naïveté. 

Cependant, parallèlement on sort de la comédie, en raison de la personnalité de Tartuffe : la menace qu’il fait peser, et son lien avec la religion et la politique royale.

 


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