Aimer-la-littérature

Bienvenue sur mon blog

15
nov 2009
« Le rossignol et la rose » : lecture analytique, « l’incipit »
Posté dans Conte-nouvelle par cotentinghislaine à 11:46 | Commentaires fermés

L’incipit 

INTRODUCTION                

C’est en 1888 que Wilde fait paraître Le prince heureux et autres contes, recueil d’où est tiré « Le Rossignol et la rose ». Mais, derrière l’apparence d’un conte, Wilde jette un regard sévère sur son époque. 

Biographiehttp://www.alalettre.com/wilde-bio.php

Nous sommes ici dans l’incipit, c’est-à-dire l’ouverture du conte, qui pose en principe la situation initiale. Mais cet incipit remplit-il ce rôle traditionnel  ?   

UN CONTE TRADITIONNEL 

princesse de conte de fées                 Dans le conte traditionnel, l’intrigue prend souvent comme point de départ un état de manque : « il n’y a pas de rose rouge », est ici une formule récurrente sous des formes diverses. En fait l’absence de « rose rouge » symbolise l’absence de bonheur, placé dans la conquête de la bien-aimée, comme dans le conte traditionnel : « faute d’une rose rouge voilà ma vie brisée ». Ainsi les négations se multiplient dans ce passage : « elle ne fera nulle attention à moi », ou « elle dansera [...] Mais avec moi elle ne dansera pas« , avec l’antéposition qui place la négation en fin de phrase. La douleur du héros est renforcée par le champ lexical (« gémissait », « se remplissaient de larmes », « pleurait ») et l’imparfait qui exprime la répétition et la durée.                    

la métamorphose de Philomèle  Le registre merveilleux, traditionnel dans le conte, vient d’abord de l’absence de frontières entre l’homme et les autres espèces vivantes : le rossignol est capable de comprendre le langage humain (« il l’entendit »), et se trouve personnifié : doté de sentiments (« il s’émerveilla »), il éprouve de la compassion et peut construire un raisonnement. De plus le choix du rossignol se rattache aussi à la tradition mythologique, par le biais des Métamorphoses d’Ovide : Philomèle avait été violée et mutilée par Térée, le mari de sa sœur, qui lui avait coupé la langue pour éviter qu’elle ne le dénonce. Mais par une tapisserie, elle avait pu prévenir sa sœur, qui avait, par vengeance, tué son propre fils, servi en repas à son père. Devenue rossignol pour échapper à la colère de Térée, Philomèle chantait depuis sa plainte douloureuse, se plaignant de la trahison amoureuse. Ainsi c’est un oiseau fréquent dans les contes dès lors qu’il s’agit d’amour : « Voici enfin l’amoureux vrai, dit le rossignol. Toutes les nuits, je l’ai chanté, quoique je ne le connusse pas ».                

Enfin l’on notera le langage métaphorique du rossignol, qui donne à son discours la dimension poétique fréquente dans le conte traditionnel. 

=== Le merveilleux met donc en place la dimension magique du conte, dans lequel le rossignol jouera le rôle traditionnel d’adjuvant.   

L’ÉCART PAR RAPPORT À LA TRADITION  

un bal au XIX° siècle                Le conte traditionnel débute par « Il était une fois… », hors du temps et de l’espace. Effectivement, ici, nous ignorons à la fois le lieu et l’époque. Cependant des détails sur les lieux les concrétisent : le « jardin » de l’étudiant avec le « nid dans l’yeuse », le « gazon ». Et même si le « prince » et « la cour » sont mentionnés, il n’y a pas de « château », mais un simple « bal », concrétisé lui aussi par plusieurs détails sur « l’estrade », le jeu des musiciens ou l’attitude de la danseuse. Enfin, le recours au futur de certitude lui enlève toute dimension féerique. 

 

                Les personnages humains passent eux aussi de la dimension traditionnelle du conte à une réalité plus ordinaire. Le jeune homme a, certes, la beauté des héros de conte, marquée par les comparaisons. Mais ces comparaisons le rapprochent de la représentation du jeune héros romantique, brun et pâle. De plus, il est situé socialement, « le jeune étudiant », et son aspect studieux est mis en valeur : « J’ai lu tout ce que les sages ont écrit ; je possède tous les secrets de la philosophie ». Par là, il rappelle aussi l’image de l’étudiant héritée du moyen âge.                

La jeune fille aimée ouvre le conte avec le pronom « Elle » qui traduit son unicité aux yeux du héros. Certes, nous ignorons tout d’elle, car elle représente en fait la femme idéale, et prend un aspect presque féerique : « Elle dansera si légèrement que son pied ne touchera pas le parquet ». Mais la précision de la gestuelle la concrétise, et l’idéal se rapproche ainsi du fantasme amoureux : « je la serrerai dans mes bras. Elle inclinera sa tête sur mon épaule et sa main étreindra la mienne. » La répétition de son exigence, la « rose rouge », et l’absence de tout autre prétendant banalisent l’épreuve, en en faisant une sorte de caprice de jeune fille.   

CONCLUSION 

                La situation initiale, dans le conte traditionnel, représente un état d’équilibre, rompu par un élément perturbateur, qui introduit, lui, le manque. L’originalité de Wilde est de débuter directement par le manque. Il élimine l’idée d’un bonheur possible, perdu et à reconquérir. 

Le texte introduit le personnage du rossignol. Par le titre, le lecteur suppose son importance dans le récit. Mais rien ne permet encore de mesurer ce que sera son rôle. Il crée cependant, par son vibrant éloge de l’amour, un horizon d’attente : l’amour « vrai » triomphera-t-il dans le dénouement du conte?


Fil RSS 2.0. Réponses et trackbacks sont desactivés.

Réponses desactivées.

lire puis écrire |
Pour l'amour de la langue e... |
Laisse moi mettre des poème... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le Dragon de la Rivière
| Tisseurs de Mondes
| agnes2nantes