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15
nov 2009
« Le rossignol et la rose » : lecture analytique, « le sacrifice »
Posté dans Conte-nouvelle par cotentinghislaine à 11:07 | Commentaires fermés

Le sacrifice 

INTRODUCTION

                 Dans sa fonction d’adjuvant, pour combler le manque de l’étudiant, le rossignol tente, à trois reprises, de se procurer une rose rouge, en vain. Le dernier rosier va alors lui annoncer qu’il existe un moyen, mais « terrible »… Comment Wilde représente-t-il le sacrifice du rossignol en faveur de l’étudiant ? 

LE DON DE SOI 

                Dans les contes traditionnels la magie intervient spontanément. Au contraire, ici, elle repose sur un échange : la « rose rouge » sera le prix du chant du rossignol, mais ce chant lui coûtera la vie. On note l’insistance sur le sang : « teindre du sang de votre propre cœur », « vous chanterez pour moi, la gorge appuyée à des épines », repris par « toute la nuit » (pour renforcer la durée du supplice), et « les épines vous perceront le cœur », vision finale terrible. La rose sera donc faite du « chant » et du « sang » (assonance) du rossignol.

                Le rossignol est parfaitement conscient de la valeur de son don. Sa réaction, avec le connecteur « pourtant », en souligne le prix. Il affirme les beautés de la nature, toutes fondées sur des sensations (vue, toucher, odorat) et renforcées par la récurrence de l’adjectif « doux ». S’y ajoute la métaphore mythologique du « char » du « soleil » et de la « lune », qui poétise la vision de ce monde qu’il s’apprête à quitter. Mais, aussitôt après, sa question oratoire place « l’oiseau » en position d’infériorité par rapport à l’homme, et « l’amour » en position de supériorité par rapport à « la vie », qu’il offre alors généreusement. 

===         On comprend ainsi le double sens symbolique de cette action magique : elle représente à la fois l’amour, puisque le rossignol enlace le rosier, comme l’étudiant rêve d’enlacer sa bien-aimée, et la création artistique : l’artiste donne lui aussi son « sang », sa souffrance, pour réaliser son oeuvre.             

les clochettes bleues  la bruyère  un buisson d'aubépines  les beautés de la nature

LA VÉRITÉ DES SENTIMENTS                

Le passage est fondé sur un contraste entre la sincérité du cœur du rossignol et la sécheresse de celui de l’étudiant.                 

Le sacrifice du rossignol se fait par générosité : il compatit sincèrement à la douleur de l’étudiant, d’où sa hâte à venir le consoler avec la récurrence de « soyez heureux ». Son discours s’accompagne d’un éloge de l’amour, dont il fait la seule vérité, supérieure à la « philosophie » et à la « force ». On notera sa personnification (cf. Eros) le divinisant presque , et le symbolisme religieux. Ses « ailes couleur de feu » et son « corps couleur de flamme » renvoient au symbolisme du feu créateur, souvent associé à l’inspiration créatrice (cf. les « langues de feu » sur la tête des apôtres dans la Bible). L’expression, ses  « lèvres douces comme le miel » unit la sensualité de l’amour et l’image du paradis biblique avec ses « ruisseaux de miel ». Enfin l’ »haleine comme l’encens » lie la sensualité d’un parfum sirupeux, exotique, à la religion.                 

Cette vérité des sentiments est illustrée par la réaction de « l’yeuse », en harmonie avec le don du rossignol : « je serai triste ». Le végétal donne ainsi l’image du « vrai » amour, devenu éternel par le dernier chant offert, comparé à l’eau qui donne vie aux végétaux : « l’eau jaseuse d’une fontaine argentine ». 

Or les réactions de l’étudiant sont en totale opposition avec ces sentiments. Cela se traduit d’abord par son geste : le « calepin » et le « crayon » montrent que pour lui tout reste intellectuel. Ne ressentant rien, il est seulement capable de raisonner, et exprime ainsi son mépris total pour le rossignol, avec une négation qui s’oppose complètement au récit qui précède : « Il ne se sacrifie pas pour les autres ». Il explicite la comparaison entre le rossignol et l’artiste, mais en formulant un jugement sévère. Il reconnaît certes sa valeur esthétique (« tout style ») – c’est-à-dire ce qui le définit rationnellement – mais il nie  l’expression authentique des sentiments : « sans nulle sincérité ». Tout ne serait donc qu’artifice. De même en déclarant que « l’art est égoïste », il fait de l’artiste un marginal, qui ne participe pas à la société, et vit replié sur lui-même. Il n’aura donc aucun rôle social, « aucun but pratique ». 

===         Ce passage questionne le lecteur : l’étudiant est-il vraiment capable d’aimer ? Donc le sacrifice du rossignol aura-t-il un sens ?  

CONCLUSION

                Une dissonance est introduite dans le conte. D’une part, l’action magique est particulièrement cruelle, ce qui donne au conte une dimension pathétique. D’autre part, l’étudiant devient un héros antipathique, il n’a plus rien du « prince charmant » des contes. Le lecteur s’interroge donc : le rossignol donnera sa vie pour l’étudiant, mais que lui donnera « en retour » celui-ci ?                

Ce passage explicite la valeur symbolique du titre. En effaçant l’étudiant, le titre efface la perturbation initiale, le manque d’amour. Tout se passe en fait entre « le rossignol » et « la rose », c’est-à-dire entre l’artiste et sa création, pour laquelle il est prêt à donner son « sang » ? Cette vision de l’artiste correspond à la conception romantique du XIX° siècle. 


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