Aimer-la-littérature

Bienvenue sur mon blog

  • Accueil
  • > Archives pour le Jeudi 10 décembre 2009
Archive pour le 10 décembre, 2009


Corpus : « Comment masquer pour démasquer ? » – Introduction

10 décembre, 2009
Corpus | Commentaires fermés

Problématique

« Comment masquer pour démasquer ? »

LE CONTEXTE : LA MONARCHIE ABSOLUE

C’est en 1661 que Louis XIV, dont le règne était jusqu’alors encadré par la Régence d’Anne d’Autriche, appuyée du Cardinal Mazarin, va établir son pouvoir absolu. Il remet en ordre le royaume, avec l’appui de ses ministres, tels Colbert, Vauban, Louvois… La vie mondaine s’organise autour de « l’étiquette », ensemble de codes hiérarchiques, et des règles de la « bienséance ». L’installation de la Cour à Versailles, en 1682, renforce encore ce pouvoir : la noblesse, qui s’était révoltée lors de la Fronde (1648-1653), est à présent « domestiquée », et pense d’abord aux distinctions que peut lui accorder la faveur royale. Les règnes de Louis XV et de Louis XVI, même si ceux-ci accordent moins d’intérêt à l’apparat de Versailles, ne remettent pas en cause ce fonctionnement. Mais les guerres épuisent peu à peu les finances du royaume, et des révoltes, ou « jacqueries », secouent les campagnes. [cf. lien "l'Héritage antique dans le théâtre français", section "le XVII° siècle classique" - crdp-nice]

La société est alors divisée en trois ordres, hiérarchisés. Au sommet, la noblesse jouit de nombreux privilèges. Mais il y a une grande différence entre la noblesse « de Cour » et les nobles de province, souvent peu fortunés et peu cultivés. Le clergé joue un rôle essentiel, notamment les Jésuites, qui encadrent l’éducation et sont souvent les « directeurs de conscience » des puissants. Cependant le haut clergé vit dans un luxe que ne connaît pas le bas clergé dans les campagnes. Les querelles religieuses agitent le royaume, d’abord avec la révocation de l’Edit de Nantes (1685) qui ranime les luttes contre les Protestants. Mais au sein du catholicisme lui-même les jansénistes, qui veulent rétablir une morale plus rigoureuse, s’opposent aux jésuites, jusqu’à leur élimination au début du XVIII° siècle. Enfin le tiers-état, lui aussi, montre un important écart entre une riche bourgeoisie, souvent lettrée et qui aspire à conquérir plus de pouvoir, notamment politique, et l’immense masse paysanne, écrasée par les impôts et épuisée par les guerres et les famines.

Sous la monarchie absolue, l’artiste ne vit pas de son art. Il dépend de l’appui financier des puissants, qui sont leurs mécènes. Louis XIV accorde ainsi des pensions aux écrivains qu’il apprécie, tels Molière, Corneille et Racine. Mais, si ce soutien apporte à l’écrivain du prestige, il le place aussi dans une situation de dépendance qui limite sa liberté d’expression. Dès son arrivée au pouvoir le ministre Colbert organise les « académies » qui normalisent les oeuvres d’art, pensionnent les artistes, mais, parallèlement il réduit le nombre des imprimeurs et encadre strictement les éditeurs. La censure s’installe durablement. Les livres interdits seront alors imprimés à l’étranger, notamment en Hollande, et circuleront clandestinement en France.

LE THEME DU  »MASQUE »

Dans une société aussi codifiée, pour obéir à la fois à la hiérarchie sociale, aux règles de la « bienséance » et à l’idéal de « l’honnête homme », il est presque obligatoire que l’homme apparaisse comme jouant un rôle sur une scène. Il est, en effet, sans cesse observé par le regard d’autrui, qui le juge. Le repli sur soi, l’amour de la solitude, sont alors considérés comme une forme d’égoïsme blâmable, puisque, selon la formule de Pascal, « le moi est haïssable ». Mais le pire est que ce  »masque », arboré en public, finit par se confondre avec l’essence de l’être : l’amour de soi, ou amour-propre, constitue le premier « masque » de l’homme, aveugle sur lui-même. 

Les écrivains, qui tous se rejoignent dans leur désir d’ »instruire » leur lecteur, sont donc tous, à des degrés divers,  »moralistes ». L’art ne se justifie, en effet, que dans la mesure où il est un facteur d’amélioration de l’homme. Ils vont donc s’efforcer de faire tomber les « masques », de toute nature, pour dévoiler la vérité humaine, dans ce qu’elle a d’éternel et d’universel. Ils souhaitent proposer au lecteur un modèle, que ce soit par l’imitation ou le rejet, le faire réfléchir à sa « nature », souvent opposée à l’apparence qu’il montre. Mais, pour ne pas heurter de front le lecteur, qu’il faut aussi « séduire », et ne pas risquer une condamnation de la censure, si la critique touche au domaine politique ou religieux , à son tour l’écrivain est obligé de recourir au « masque ». Le lecteur est donc d’abord obligé d’aller au-delà des apparences de l’oeuvre pour découvrir, comme le souhaitait déjà Rabelais au XVI° siècle, en cassant « l’os », la « subtantifique moelle » qu’elle dissimule.

Portrait de La Fontaine par Hyacinthe Rigaud LA FONTAINE, Fables, I, 11, 1668,  »L’homme et son image »

« Je me sers d’animaux pour instruire les hommes », déclare La Fontaine dans la dédicace « au Dauphin » du premier recueil des Fables, paru en 1668. Il rappelle ainsi la tradition de la fable, hérité des Anciens, le grec Esope, le latin Phèdre. Mais il y a aussi dans le recueil des fables qui mettent en scène directement les hommes. Or, dans la Préface de ce même recueil, il déclare « Ces badineries ne sont telles qu’en apparence », et le premier vers du sixième des 12 Livres répète : « Les fables ne sont pas ce qu’elles semblent être. » Aller au-delà de l’apparence, au-delà du masque que porte l’homme lui-même, n’est-ce pas là le but premier du moraliste ?

Portrait de Pascal PASCAL, Pensées, fragment 168, 1669, « Le divertissement »

Les Pensées, essai paru à titre posthume, sont constituées de « fragments », dont celui qui porte sur le « le divertissement » qui forme comme une conclusion de la première section, pour laquelle le titre prévu par l’auteur était « Misère de l’homme sans Dieu ». Conscient de ses propres faiblesses, que Pascal vient de développer longuement, comment l’homme pourrait-il se regarder en face ?  Le « divertissement » ne serait-il pas alors le meilleur moyen d’échapper à sa propre image ?

La Bruyère, portrait de N. de Largillière LA BRUYERE, Les Caractères, 1688-1694, « Arrias »

La Bruyère, partisan des « Anciens » publie sa première édition des Caractères de Théophraste, traduits du grec, avec les Caractères et les Moeurs de ce siècle en 1688. L’oeuvre rencontre immédiatement le succès grâce à ses « portraits », genre très à la mode dans les salons mondains. Les lecteurs se plaisent à chercher qui se cache derrière la satire… Mais, tout en observant les comportements de ses contemporains, La Bruyère dénonce les défauts éternels de la nature humaine, tels ceux d’Arrias. Comment procède-t-il pour faire tomber le masque qu’arbore son héros ?

LA BRUYERE, Les Caractères, 1688-1694, « Du souverain et de la république »

Mais dans son oeuvre, La Bruyère, qui a pu mesurer à la Cour tous les abus des puissants, aborde également des thèmes politiques et économiques. Il recourt ici, comme dans le passage de la section « Du souverain et de la république » qui nous dépeint un « berger et son troupeau », à l’apologue dont il propose lui-même la clé. Quelle critique le moraliste, sans remettre en cause la monarchie, met-il en oeuvre ? 

« L’Ecole des femmes » : lecture analytique, Acte I, scène 1, vers 75-116

10 décembre, 2009
Classicisme, Théâtre | Commentaires fermés

Acte I, scène 1

vers 75-116 : une scène d’exposition

L’École des femmes est jouée en 1662, année où Molière épouse Armande Béjart, de 20 ans plus jeune que lui. La pièce reçoit un grand succès, mais aussi de nombreuses critiques, notamment pour son « immoralité ». 

Situation du texte : Il s’agit de la scène d’exposition au cours de laquelle Arnolphe annonce à son ami, Chrysalde, son projet de mariage : « Oui, je veux terminer la chose dans demain. » Chrysalde se montre très surpris, vu qu’Arnolphe s’est toujours moqué des maris trompés, et a toujours montré une grande méfiance à l’égard du mariage.

En quoi cet extrait met-il en place l’intrigue de la pièce? 

LE PORTRAIT D’AGNÈS 

Un premier portrait, en négatif, se dégage des refus d’Arnolphe : Agnès sera tout sauf une « précieuse », qualifiée de « femme habile », terme ici péjoratif, car il sous-entend que son instruction la rendra habile à tromper. Le blâme de la précieuse, ou « spirituelle », se développe à travers la description de son mode de vie, notamment l’allusion aux « cercles », avec « marquis » et « beaux esprits ». Ce sont des réunions mondaines, dans les « ruelles », ce qui fait que la femme est entourée d’hommes, dont tentée. C’est aussi une « femme qui compose », or tous ces écrits vont être mis au service de l’amour : « de prose ou de vers ferait de doux écrits ».  

Arnolphe se fonde sur une vision péjorative de la femme, héritée de la conception religieuse. C’est elle qui sert de point de départ à sa méfiance : pour lui, elles sont toutes à l’image d’Ève, des pécheresses. Cette généralisation lui permet de juger que toutes « les femmes » possèdent le pouvoir de tromper les hommes: « tours rusés » est repris en chiasme par « subtiles trames », les deux adjectifs péjoratifs se trouvant mis en valeur. Il faut aussi comprendre « comme on est dupé par leurs dextérités » au sens péjoratif de « ruses ». 

L'innocence d'Agnès  Ainsi un second portrait, en positif, apparaît à travers les souhaits formulés par Arnolphe. Il souligne « l’innocence » d’Agnès. Le texte joue sur le double sens du mot, étymologique d’abord, c’est-à-dire « qui ne nuit pas ». Or Arnolphe est obsédé par l’idée d’être trompé, comme le montre l’image récurrente des « cornes » qui étaient censées pousser sur « le front » des maris « cocus ». Mais ce terme signifie aussi naïve et sans esprit. Tout un champ lexical se développe autour de cette idée : « sotte », « femme stupide », « bien sotte », « une bête ». À cela s’ajoute l’exemple du « corbillon ».

Agnès remplira donc les obligations traditionnelles de la femme, avec une pratique religieuse, destinée à la maintenir dans la soumission : « prier Dieu ». Elle se dévouera totalement à son époux (« m’aimer »), avec pour seules activités les tâches ménagères : « coudre et filer ». 

LE PORTRAIT D’ARNOLPHE 

Chrysalde joue le rôle d’un contradicteur, d’abord par de brèves objections, coupées par Arnolphe. Ensuite, vient une tirade dans laquelle, par des interrogations oratoires, on reconnaît une double critique. D’une part Arnolphe ne conçoit la femme que comme une servante ; il ne la considère pas comme une égale avec laquelle on pourrait échanger des idées (cf. vers 109-110). D’autre part il n’accorde aucune confiance aux femmes, puisqu’il n’accepte pas l’idée que l’éducation puisse leur être utile à mieux distinguer le bien du mal. 

=== Chrysalde est un homme plus sage, plus équilibré et plus mûr qu’Arnolphe. 

  Parallèlement les désirs d’Arnolphe sont révélateurs de son caractère. Sa peur d’être trompé (ce qu’il nomme un « accident ») est une véritable obsession, qui révèle en fait son  le mépris pour la femme, considérée comme un être inférieur, qui ne mérite pas d’être instruite ; on observe également son autoritarisme et son amour du pouvoir : il veut tenir la première place dans sa maison comme le prouvent l’interrogation oratoire (v. 91-92) et les verbes de volonté : « je prétends », « je veux ». Son sens de la possession ressort de l’ordre des mots qui place « m’aimer » juste après « prier Dieu ». 

=== Ce que souhaite Arnolphe est une femme soumise. À aucun moment il ne parle d’aimer lui-même sa future épouse. 

CONCLUSION 

Ce texte constitue la première apparition du héros, qui fait de lui un personnage antipathique, par son mépris des femmes. Par ses excès, Arnolphe est aussi l’antithèse de l’idéal de « l’honnête homme » posé au XVII° siècle : un homme mesuré, équilibré. 

Ce texte crée chez le lecteur un double horizon d’attente. Agnès sera-t-elle aussi « sotte » qu’elle apparaît dans le discours d’Arnolphe ? Arnolphe, qui a tellement peur d’être trompé, parviendra-t-il à éviter cela par ce choix d’une femme innocente?

 

« l’Ecole des femmes » : lecture analytique, III, 2, v. 679-728

10 décembre, 2009
Classicisme, Théâtre | Commentaires fermés

Acte III, scène 2

v.679-728 : Les devoirs du mariage

L’École des femmes est jouée en 1662, année où Molière épouse Armande Béjart, de 20 ans plus jeune que lui. La pièce reçoit un grand succès, mais aussi de nombreuses critiques, notamment pour son « immoralité ». 

Situation du texte : Arnolphe a appris, par les confidences d’Horace, comment ce dernier a pu séduire la jeune Agnès. Il interdit alors à la jeune fille de le voir, lui ordonnant de jeter « un grès » par la fenêtre pour le chasser: « Je suis maître, je parle : allez, obéissez. » (II, 5). A l’acte III, il lui annonce qu’il est lui-même son futur époux. 

Quelles conceptions du mariage le discours d’Arnolphe développe-t-il? 

LE PORTRAIT D’ARNOLPHE 

Dans les actes précédents, Arnolphe s’était déjà montré vicieux dans son désir de mettre une si jeune fille dans son lit, machiavélique dans tous les calculs qu’il fait pour écarter son rival et ridicule dans son obsession du cocuage et ses réactions excessives.

Ici éclate son mépris pour Agnès. Il est enfermé dans l’orgueil de sa propre supériorité comme en témoigne le ton solennel adopté au début du texte, avec « bénir l’heur de votre destinée », comme si cet union se faisait avec un dieu qui daignait s’abaisser à épouser une simple mortelle, ou « nœud glorieux » avec la diérèse qui renforce l’adjectif. Il la rabaisse totalement, par un lexique péjoratif pour son origine sociale : « bassesse », « le peu que vous étiez », « vil état de pauvre villageoise ». 

Cela révèle aussi son égoïsme. À travers la façon dont il présente ce mariage, on comprend qu’en réalité la condition sociale d’Agnès est pour lui un avantage car il pourra mieux la dominer grâce à la reconnaissance qu’elle lui devra : « admirer ma bonté », « l’honneur qu’il vous veut faire », à mériter l’état où je vous aurai mise ». 

Arnolphe séducteur   En même temps, il développe un éloge de sa propre personne pour lui montrer à quel point il lui fait une faveur en l’épousant, mais sans penser un seul instant aux sentiments de la jeune fille. Il ne l’épouse en fait que pour lui : « jouir de la couche et des embrassements… » (vers 685-688) 

===  Ici son aspect odieux éclate pleinement.

  L’IMAGE DU MARIAGE    

Parallèlement Arnolphe se livre à une violente critique des femmes. Dans le mariage vu par Arnolphe, il n’existe aucune confiance entre les époux puisque la femme est, par nature, un être corrompu qui ne pense qu’à « être libertine et prendre du bon temps ». De plus, la société du XVII° siècle ayant vu les Précieuses revendiquer leur indépendance, il fait un portrait péjoratif de ces « femmes d’aujourd’hui qualifiées de « coquettes vilaines », et de leurs « fredaines », c’est-à-dire leurs aventures amoureuses avec les « jeunes blondins ». 

Le terme « mariage » est amplifié par la diérèse (vers 695) et associé à « d’austères devoirs », repris au vers 714 : « Son devoir aussitôt est de baisser les yeux ». Le mariage n’est donc qu’un ensemble de contraintes pour l’épouse. Pour appuyer cette conception, Arnolphe fait appel à l’éducation religieuse reçue par Agnès au couvent. Les jeunes séducteurs deviennent donc des incarnations du « malin » (du diable) et manquer à un « devoir » est un péché, qui sera puni comme tel : cf. vision de l’Enfer destinée à lui faire peur (vers 727-728).

    Les devoirs du mariage   Tout le discours vise à rabaisser la femme à l’état d’esclave, comme le montrent les négations : « Votre sexe n’est là que… » ; elle est réduite à l’état de « moitié ». On notera le ridicule des arguments : en quoi la « barbe » serait-elle un signe de supériorité ? L’absurdité du raisonnement mathématique ressort : « Ces deux moitiés pourtant n’ont point d’égalité », avec la fausse symétrie de « l’une » et « l’autre ». Une série d’exemples soutient cette argumentation, en jouant sur une triple gradation. La  première porte sur les hiérarchies évoquées (v. 705-708), et est elle-même inférieure à une deuxième gradation : l’énumération des qualités exigées de la femme, avec le renchérissement des « et » (v. 709-711). Arrive alors la troisième gradation, qui définit le rôle de l’époux tout-puissant : « son mari, son chef, son seigneur et son maître ». 

  CONCLUSION 

Ce texte dépeint une réalité sociale du XVII° siècle : la femme mariée est juridiquement mineure, dépendante en tout du conjoint, et, à sa mort, de son fils aîné. Et cette conception est soutenue par l’Eglise, à partir des épîtres de Saint-Paul (pour lui la femme pécheresse est un « cloaque »). C’est ainsi que l’Eglise éduque ainsi les filles dans les couvents. Donc, en ridiculisant cette conception, c’est aussi l’Eglise que Molière attaque. Il va ainsi se faire ses premiers ennemis, les « dévots », alors puissants. 

Molière se fait ici le défenseur de l’égalité des sexes, conception très moderne, puisqu’elle est encore loin d’être réalisée au XXI° siècle.

 

« L’Ecole des femmes » : lecture analytique, III, 4 (v. 844-987)

10 décembre, 2009
Classicisme, Théâtre | Commentaires fermés

Acte III, scène 4

l’école de l’amour

L’École des femmes est jouée en 1662, année où Molière épouse Armande Béjart, de 20 ans plus jeune que lui. La pièce reçoit un grand succès, mais aussi de nombreuses critiques, notamment pour son « immoralité ». 

Situation du texte : Après les confidences d’Horace, Arnolphe a appris d’Agnès elle-même sa rencontre avec lui et son amour naissant. Il interdit alors à la jeune fille de le voir, lui ordonnant de jeter « un grès par la fenêtre » , et lui annonce que lui-même va l’épouser. pour le chasser: « Je suis maître, je parle : allez, obéissez. » (II, 5) Puis il lui annonce, à l’acte III, qu’il est lui-même son futur époux, et la félicite de son obéissance. Mais, à la scène 4, Horace arrive. 

En quoi cette scène constitue-t-elle un tournant dans l’intrigue?

 LA PRÉCAUTION INUTILE 

Après de brèves salutations, des vers 844 à 852, le passage, qui répond à l’interrogation d’Arnolphe, est construit en deux temps, inverses, le triomphe d’Arnolphe face aux échecs d’Horace (vers 852-895) et son dépit en apprenant la ruse d’Agnès (vers 896-947), introduits par le connecteur d’opposition « Mais ».   

Déjà sa volonté d’abréger les salutations révèle sa joie, son impatience, son désir de savourer le triomphe dont il est certain. En même temps le terme qu’il choisit, « vos amourettes », qui diminue la valeur accordé à l’amour, montre le peu de prix qu’il accorde à ce sentiment. Il se réjouit donc par avance de l’échec de son rival : « Oh! oh! comment cela? » en réponse au mot « malheur » employé par Horace, est en fait un cri de triomphe ;  « La porte au nez », répété en écho à la phrase d’Horace, montre qu’il est plein d’enthousiasme en entendant Horace lui raconter la façon dont ses ordres ont été bien exécutés

Le dépit d'Arnolphe   Mais, en même temps, Arnolphe est obligé d’être hypocrite en continuant à feindre d’être l’ami d’Horace. Il joue l’ignorant par ses questions : « D’où diantre! a-t-il sitôt appris cette aventure? » (v. 864), « Ils n’ont donc point ouvert? » (v. 876), « Comment, d’un grès? » (v. 880). Il accentue aussi l’intérêt qu’il porte à cette aventure amoureuse, en faisant semblant de le plaindre : « Quel malheur! » (v. 862), « je trouve fâcheux l’état où je vous vois » (v. 883) accentué par « Certes j’en suis fâché pour vous, je vous proteste » (v. 885). Il joue même à le consoler, en feignant d’entrer dans son camp, de lui apporter son soutien : « de vous raccrocher vous trouverez moyen » (v. 887), « Cela vous est facile » (v. 890). 

=== Ici Arnolphe a franchi une étape : il ne se contente plus de recevoir des confidences, il savoure l’effet de son plan

La lecture de la lettre   Puis Horace crée un effet d’attente, par le connecteur d’opposition « Mais », et la reprise du verbe : « ce qui m’a surpris », « va vous surprendre » (v. 896). On peut imaginer le changement de visage d’Arnolphe, qui devra attendre le vers 915 pour savoir quel est cet « incident ». On peut ensuite imaginer ses réactions de dépit et de colère par la série de questions à la fin de la tirade d’Horace, avec la reprise du même verbe (« n’êtes-vous pas surpris? ») et l’interjection « Euh! » (v. 923) qui marque sa surprise devant le silence d’Arnolphe, obligé de se contraindre. Horace renforce ce sentiments par ses impératifs insistants, « Dites », « Riez-en donc un peu » (v. 926), que souligne la didascalie, répétée à cause de l’insistance d’Horace : « un ris forcé« , puisqu’il est obligé de rire pour ne pas éveiller les soupçons d’Horace. D’ailleurs l’aparté d’Arnolphe, avec son insulte à Agnès, « friponne », révèle sa colère.

Enfin il est obligé d’entendre sa propre critique et de supporter les éclats de rire d’Horace qui le peint comme un homme ridicule avec ses précautions inutiles : »mon jaloux », « cet homme gendarmé ». Le public rit du dépit d’Arnolphe qui ne peut apparaître que comme une juste punition d’avoir voulu « tenir dans l’ignorance extrême » (v. 933) Agnès, ce qui est d’ailleurs confirmée par l’aparté d’Arnolphe : « Contre mon dessein l’art [de l'écriture] t[e] fut découvert. » (v. 946) 

=== Cette scène est rendue comique par l’inversion de situation au cours du dialogue. 

LE TRIOMPHE DE L’AMOUR 

Jusqu’à présent Horace faisait surtout l’éloge de la beauté d’Agnès, qui avait été présentée comme naïve et innocence, image que ses réactions face à Arnolphe avaient confirmée. Or ici le discours d’Horace a évolué. Certes il évoque toujours Agnès comme « cette jeune beauté » et parle de « sa simplicité », mais on le sent sincèrement touché par la sincérité d’Agnès : « Tout ce que son cœur sent, sa main a su l’y mettre » (v. 941), « la pure nature » (v. 944). L’éloge éclate pleinement dans l’énumération des vers 942-943. La lecture de la lettre révèle en effet l’habileté de la phrase qui a accompagné le « grès », avec son double sens : « je sais tous vos discours » se comprend, pour Arnolphe, comme « j’ai compris qu’ils étaient mensongers », mais, pour Agnès, cela signifie « je crois », et, bien sûr, « voilà ma réponse » n’est pas « le grès » mais la lettre. 

=== Le public ne peut que se placer dans le camp de ces deux jeunes amoureux, touchants par leur vérité

Dans un second temps, Molière profite de cette scène pour se livrer à un éloge de l’amour. Il s’ouvre par une formule empruntée à l’auteur tragique Corneille : « l’amour est un grand maître » (v. 900), repris par la comparaison à « des miracles ». Ainsi les termes sont choisis pour donner l’impression d’un effet magique, tels les verbes  « surprendre » ou « admirer », plusieurs fois répétés. De même le mot « flammes », banal dans le vocabulaire amoureux du XVII° siècle, prend ici une autre valeur, celle du feu de l’alchimiste qui transforme le plomb en or : l’amour a transformé l’Agnès naïve, un peu sotte même, en une Agnès fine. Cet éloge est soutenu par une série d’antithèses, qui montre la puissance de ce sentiment sur les traits de caractère : vers 906-907. 

=== Une telle insistance montre bien qu’il s’agit là du message inscrit dans le titre même de la pièce : dans cette « école », c’est l’amour qui joue le rôle du maître, et nul ne peut lutter contre lui, selon Molière. 

CONCLUSION    

Dans l’acte III, Agnès ne parle que dans la scène 2, et il ne s’agit même pas d’une parole personnelle, puisqu’elle ne fait que lire Les Maximes du mariage. Cependant, elle ne cesse d’être présente à travers les monologues d’Arnolphe et le récit d’Horace : le public mesure l’importance de son évolution, et cette scène constitue bien un tournant dans l’intrigue

Molière fait ici un plaidoyer en faveur de la sincérité du cœur, de la vérité des sentiments, que l’on retrouve dans toutes ses pièces de théâtre. Toutes révèlent, en effet, ses combats contre les hypocrites, contre tous ceux qui affectent des manières artificielles.

lire puis écrire |
Pour l'amour de la langue e... |
Laisse moi mettre des poème... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le Dragon de la Rivière
| Tisseurs de Mondes
| agnes2nantes