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10
déc 2009
Corpus : « Comment masquer pour démasquer ? » – Introduction
Posté dans Corpus par cotentinghislaine à 1:26 | Commentaires fermés

Problématique

« Comment masquer pour démasquer ? »

LE CONTEXTE : LA MONARCHIE ABSOLUE

C’est en 1661 que Louis XIV, dont le règne était jusqu’alors encadré par la Régence d’Anne d’Autriche, appuyée du Cardinal Mazarin, va établir son pouvoir absolu. Il remet en ordre le royaume, avec l’appui de ses ministres, tels Colbert, Vauban, Louvois… La vie mondaine s’organise autour de « l’étiquette », ensemble de codes hiérarchiques, et des règles de la « bienséance ». L’installation de la Cour à Versailles, en 1682, renforce encore ce pouvoir : la noblesse, qui s’était révoltée lors de la Fronde (1648-1653), est à présent « domestiquée », et pense d’abord aux distinctions que peut lui accorder la faveur royale. Les règnes de Louis XV et de Louis XVI, même si ceux-ci accordent moins d’intérêt à l’apparat de Versailles, ne remettent pas en cause ce fonctionnement. Mais les guerres épuisent peu à peu les finances du royaume, et des révoltes, ou « jacqueries », secouent les campagnes. [cf. lien "l'Héritage antique dans le théâtre français", section "le XVII° siècle classique" - crdp-nice]

La société est alors divisée en trois ordres, hiérarchisés. Au sommet, la noblesse jouit de nombreux privilèges. Mais il y a une grande différence entre la noblesse « de Cour » et les nobles de province, souvent peu fortunés et peu cultivés. Le clergé joue un rôle essentiel, notamment les Jésuites, qui encadrent l’éducation et sont souvent les « directeurs de conscience » des puissants. Cependant le haut clergé vit dans un luxe que ne connaît pas le bas clergé dans les campagnes. Les querelles religieuses agitent le royaume, d’abord avec la révocation de l’Edit de Nantes (1685) qui ranime les luttes contre les Protestants. Mais au sein du catholicisme lui-même les jansénistes, qui veulent rétablir une morale plus rigoureuse, s’opposent aux jésuites, jusqu’à leur élimination au début du XVIII° siècle. Enfin le tiers-état, lui aussi, montre un important écart entre une riche bourgeoisie, souvent lettrée et qui aspire à conquérir plus de pouvoir, notamment politique, et l’immense masse paysanne, écrasée par les impôts et épuisée par les guerres et les famines.

Sous la monarchie absolue, l’artiste ne vit pas de son art. Il dépend de l’appui financier des puissants, qui sont leurs mécènes. Louis XIV accorde ainsi des pensions aux écrivains qu’il apprécie, tels Molière, Corneille et Racine. Mais, si ce soutien apporte à l’écrivain du prestige, il le place aussi dans une situation de dépendance qui limite sa liberté d’expression. Dès son arrivée au pouvoir le ministre Colbert organise les « académies » qui normalisent les oeuvres d’art, pensionnent les artistes, mais, parallèlement il réduit le nombre des imprimeurs et encadre strictement les éditeurs. La censure s’installe durablement. Les livres interdits seront alors imprimés à l’étranger, notamment en Hollande, et circuleront clandestinement en France.

LE THEME DU  »MASQUE »

Dans une société aussi codifiée, pour obéir à la fois à la hiérarchie sociale, aux règles de la « bienséance » et à l’idéal de « l’honnête homme », il est presque obligatoire que l’homme apparaisse comme jouant un rôle sur une scène. Il est, en effet, sans cesse observé par le regard d’autrui, qui le juge. Le repli sur soi, l’amour de la solitude, sont alors considérés comme une forme d’égoïsme blâmable, puisque, selon la formule de Pascal, « le moi est haïssable ». Mais le pire est que ce  »masque », arboré en public, finit par se confondre avec l’essence de l’être : l’amour de soi, ou amour-propre, constitue le premier « masque » de l’homme, aveugle sur lui-même. 

Les écrivains, qui tous se rejoignent dans leur désir d’ »instruire » leur lecteur, sont donc tous, à des degrés divers,  »moralistes ». L’art ne se justifie, en effet, que dans la mesure où il est un facteur d’amélioration de l’homme. Ils vont donc s’efforcer de faire tomber les « masques », de toute nature, pour dévoiler la vérité humaine, dans ce qu’elle a d’éternel et d’universel. Ils souhaitent proposer au lecteur un modèle, que ce soit par l’imitation ou le rejet, le faire réfléchir à sa « nature », souvent opposée à l’apparence qu’il montre. Mais, pour ne pas heurter de front le lecteur, qu’il faut aussi « séduire », et ne pas risquer une condamnation de la censure, si la critique touche au domaine politique ou religieux , à son tour l’écrivain est obligé de recourir au « masque ». Le lecteur est donc d’abord obligé d’aller au-delà des apparences de l’oeuvre pour découvrir, comme le souhaitait déjà Rabelais au XVI° siècle, en cassant « l’os », la « subtantifique moelle » qu’elle dissimule.

Portrait de La Fontaine par Hyacinthe Rigaud LA FONTAINE, Fables, I, 11, 1668,  »L’homme et son image »

« Je me sers d’animaux pour instruire les hommes », déclare La Fontaine dans la dédicace « au Dauphin » du premier recueil des Fables, paru en 1668. Il rappelle ainsi la tradition de la fable, hérité des Anciens, le grec Esope, le latin Phèdre. Mais il y a aussi dans le recueil des fables qui mettent en scène directement les hommes. Or, dans la Préface de ce même recueil, il déclare « Ces badineries ne sont telles qu’en apparence », et le premier vers du sixième des 12 Livres répète : « Les fables ne sont pas ce qu’elles semblent être. » Aller au-delà de l’apparence, au-delà du masque que porte l’homme lui-même, n’est-ce pas là le but premier du moraliste ?

Portrait de Pascal PASCAL, Pensées, fragment 168, 1669, « Le divertissement »

Les Pensées, essai paru à titre posthume, sont constituées de « fragments », dont celui qui porte sur le « le divertissement » qui forme comme une conclusion de la première section, pour laquelle le titre prévu par l’auteur était « Misère de l’homme sans Dieu ». Conscient de ses propres faiblesses, que Pascal vient de développer longuement, comment l’homme pourrait-il se regarder en face ?  Le « divertissement » ne serait-il pas alors le meilleur moyen d’échapper à sa propre image ?

La Bruyère, portrait de N. de Largillière LA BRUYERE, Les Caractères, 1688-1694, « Arrias »

La Bruyère, partisan des « Anciens » publie sa première édition des Caractères de Théophraste, traduits du grec, avec les Caractères et les Moeurs de ce siècle en 1688. L’oeuvre rencontre immédiatement le succès grâce à ses « portraits », genre très à la mode dans les salons mondains. Les lecteurs se plaisent à chercher qui se cache derrière la satire… Mais, tout en observant les comportements de ses contemporains, La Bruyère dénonce les défauts éternels de la nature humaine, tels ceux d’Arrias. Comment procède-t-il pour faire tomber le masque qu’arbore son héros ?

LA BRUYERE, Les Caractères, 1688-1694, « Du souverain et de la république »

Mais dans son oeuvre, La Bruyère, qui a pu mesurer à la Cour tous les abus des puissants, aborde également des thèmes politiques et économiques. Il recourt ici, comme dans le passage de la section « Du souverain et de la république » qui nous dépeint un « berger et son troupeau », à l’apologue dont il propose lui-même la clé. Quelle critique le moraliste, sans remettre en cause la monarchie, met-il en oeuvre ? 


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