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10
déc 2009
« l’Ecole des femmes » : lecture analytique, III, 2, v. 679-728
Posté dans Classicisme, Théâtre par cotentinghislaine à 9:47 | Commentaires fermés

Acte III, scène 2

v.679-728 : Les devoirs du mariage

L’École des femmes est jouée en 1662, année où Molière épouse Armande Béjart, de 20 ans plus jeune que lui. La pièce reçoit un grand succès, mais aussi de nombreuses critiques, notamment pour son « immoralité ». 

Situation du texte : Arnolphe a appris, par les confidences d’Horace, comment ce dernier a pu séduire la jeune Agnès. Il interdit alors à la jeune fille de le voir, lui ordonnant de jeter « un grès » par la fenêtre pour le chasser: « Je suis maître, je parle : allez, obéissez. » (II, 5). A l’acte III, il lui annonce qu’il est lui-même son futur époux. 

Quelles conceptions du mariage le discours d’Arnolphe développe-t-il? 

LE PORTRAIT D’ARNOLPHE 

Dans les actes précédents, Arnolphe s’était déjà montré vicieux dans son désir de mettre une si jeune fille dans son lit, machiavélique dans tous les calculs qu’il fait pour écarter son rival et ridicule dans son obsession du cocuage et ses réactions excessives.

Ici éclate son mépris pour Agnès. Il est enfermé dans l’orgueil de sa propre supériorité comme en témoigne le ton solennel adopté au début du texte, avec « bénir l’heur de votre destinée », comme si cet union se faisait avec un dieu qui daignait s’abaisser à épouser une simple mortelle, ou « nœud glorieux » avec la diérèse qui renforce l’adjectif. Il la rabaisse totalement, par un lexique péjoratif pour son origine sociale : « bassesse », « le peu que vous étiez », « vil état de pauvre villageoise ». 

Cela révèle aussi son égoïsme. À travers la façon dont il présente ce mariage, on comprend qu’en réalité la condition sociale d’Agnès est pour lui un avantage car il pourra mieux la dominer grâce à la reconnaissance qu’elle lui devra : « admirer ma bonté », « l’honneur qu’il vous veut faire », à mériter l’état où je vous aurai mise ». 

Arnolphe séducteur   En même temps, il développe un éloge de sa propre personne pour lui montrer à quel point il lui fait une faveur en l’épousant, mais sans penser un seul instant aux sentiments de la jeune fille. Il ne l’épouse en fait que pour lui : « jouir de la couche et des embrassements… » (vers 685-688) 

===  Ici son aspect odieux éclate pleinement.

  L’IMAGE DU MARIAGE    

Parallèlement Arnolphe se livre à une violente critique des femmes. Dans le mariage vu par Arnolphe, il n’existe aucune confiance entre les époux puisque la femme est, par nature, un être corrompu qui ne pense qu’à « être libertine et prendre du bon temps ». De plus, la société du XVII° siècle ayant vu les Précieuses revendiquer leur indépendance, il fait un portrait péjoratif de ces « femmes d’aujourd’hui qualifiées de « coquettes vilaines », et de leurs « fredaines », c’est-à-dire leurs aventures amoureuses avec les « jeunes blondins ». 

Le terme « mariage » est amplifié par la diérèse (vers 695) et associé à « d’austères devoirs », repris au vers 714 : « Son devoir aussitôt est de baisser les yeux ». Le mariage n’est donc qu’un ensemble de contraintes pour l’épouse. Pour appuyer cette conception, Arnolphe fait appel à l’éducation religieuse reçue par Agnès au couvent. Les jeunes séducteurs deviennent donc des incarnations du « malin » (du diable) et manquer à un « devoir » est un péché, qui sera puni comme tel : cf. vision de l’Enfer destinée à lui faire peur (vers 727-728).

    Les devoirs du mariage   Tout le discours vise à rabaisser la femme à l’état d’esclave, comme le montrent les négations : « Votre sexe n’est là que… » ; elle est réduite à l’état de « moitié ». On notera le ridicule des arguments : en quoi la « barbe » serait-elle un signe de supériorité ? L’absurdité du raisonnement mathématique ressort : « Ces deux moitiés pourtant n’ont point d’égalité », avec la fausse symétrie de « l’une » et « l’autre ». Une série d’exemples soutient cette argumentation, en jouant sur une triple gradation. La  première porte sur les hiérarchies évoquées (v. 705-708), et est elle-même inférieure à une deuxième gradation : l’énumération des qualités exigées de la femme, avec le renchérissement des « et » (v. 709-711). Arrive alors la troisième gradation, qui définit le rôle de l’époux tout-puissant : « son mari, son chef, son seigneur et son maître ». 

  CONCLUSION 

Ce texte dépeint une réalité sociale du XVII° siècle : la femme mariée est juridiquement mineure, dépendante en tout du conjoint, et, à sa mort, de son fils aîné. Et cette conception est soutenue par l’Eglise, à partir des épîtres de Saint-Paul (pour lui la femme pécheresse est un « cloaque »). C’est ainsi que l’Eglise éduque ainsi les filles dans les couvents. Donc, en ridiculisant cette conception, c’est aussi l’Eglise que Molière attaque. Il va ainsi se faire ses premiers ennemis, les « dévots », alors puissants. 

Molière se fait ici le défenseur de l’égalité des sexes, conception très moderne, puisqu’elle est encore loin d’être réalisée au XXI° siècle.

 


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