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Archive pour le 14 décembre, 2009


Hérodote d’Halicarnasse, « Les Histoires », II, § 38 et 44 – Corpus : « Fonctions du voyage : découvertes et remises en cause »

14 décembre, 2009
Essai | Commentaires fermés

Le récit de voyage

Le frontispice des Histoires d'Hérodote d'Halicarnasse Ce texte appartient à l’antiquité grecque, mais l’on s’éloigne du temps de la légende, qui était celui de l’Odyssée d’Homère, pour entrer dans le temps de l’histoire : le voyage est ici bien réel,  et le voyageur qu’est Hérodote se propose un but utile : la recherche de connaissances par le voyage.

L’écrivain a vécu les luttes de la Grèce contre la Perse et la victoire des Grecs. Il souhaite faire connaître les antécédents de cette lutte, en présentant ces deux puissances, l’empire perse avec les peuples d’Asie qu’il englobe, et le monde grec avec ses multiples cités. Pour cela, il a voyagé dans les neuf pays concernés, et en a tiré une oeuvre en neuf livres, chacun portant le nom d’une des Muses. Son ouvrage reste encore très lié aux valeurs religieuses de la Grèce antique (mythes, oracles, cultes… ) mais marque un renouveau dans la fonction accordée au voyage.

Comment se comporte Hérodote lors de ses voyages, et quel rôle entend-il jouer ?

LES REACTIONS DU VOYAGEUR

La phrase qui introduit le § 35 présente une double justification, d’abord de l’intérêt du voyage, avec un lexique hyperbolique, la découverte de « merveilles » présentes « plus qu’en toute autre contrée ». Mais il insiste aussi, avec « dignes d’être contés », sur l’intérêt pour le lecteur des récits que peut lui faire le voyageur. Cette première phrase met en évidence l’admiration ressentie par le voyageur, que va confirmer le § 44 à propos d’un autre pays, la Phénicie. Il en souligne l’exceptionnelle beauté : « ce temple orné de nombreuses et diverses offrandes », « deux colonnes : l’une d’or raffiné, l’autre de jaspe vert », pierre semi-précieuse dont Hérodote met en relief la splendeur.

=== Le texte ne reste pas impersonnel : Hérodote ne peut s’empêcher, en décrivant ce qu’il a vu, d’en évoquer la beauté fascinante à ses yeux.

De plus, lors d’un voyage s’effectue une comparaison, quasi spontanée, entre le connu, le pays et les moeurs auxquels on est habitué, et l’inconnu, dont la découverte fait apparaître l’étrangeté. D’où un étonnement, qui peut conduire à un jugement de valeur, parfois même à un préjugé : ce qui sera différent sera jugé inférieur. Or Hérodote signale ces différences, mais il n’en tire aucun éloge, aucun blâme. Il se place dans la position d’un observateur, qui rend compte de façon objective, même si l’on sent que sa référence reste le monde grec. Son étonnement porte en premier lieu sur la géographie : « un ciel à eux propre », « un fleuve dont la nature diffère de celle de tous les autres fleuves ». Il s’intéresse ensuite à la dimension humaine : « des coutumes et des lois opposées pour la plupart à celles du reste des hommes ». Il en donne immédiatement un exemple, pris dans la rue – immédiatement observable par l’étranger – et frappant pour un Grec puisque c’est l’inverse de son monde où les femmes sont confinées dans le gynécée.

=== Hérodote met ainsi en place une problématique : comment le voyage me permet-il de me comparer à autrui, mais est-ce que je ne garde pas au fond de moi, souvent, un préjugé en faveur de mon propre mode de vie ?

LA NAISSANCE DE L’HISTOIRE ?

On considère souvent Hérodote comme le premier historien de l’Europe. Or ce jugement est à nuancer, car on notera la permanence du registre merveilleux. Cela apparaît déjà dans le « sujet » de sa recherche : Hercule est-il – ou non – un dieu ? Le lien entre la religion et l’histoire n’est donc pas encore rompu, et Hérodote conserve l’idée d’une intervention du divin dans l’humain. De plus, il ne remet pas en cause les légendes, par exemple celle d’Amphitryon, en rappelant comment Hercule est né de l’union de Zeus et d’Alcmène. De même, quand il évoque la  ville de Thase, une « colonie », il ne mentionne pas les buts habituels de la colonisation dans l’antiquité : fuir un envahisseur, aller chercher une terre plus fertile, établir un comptoir commercial. Au contraire… il pose comme cause de sa fondation la légende de l’enlèvement d’Europe : « pendant un voyage à la recherche d’Europe ».

=== Hérodote se situe au confluent du mythe et de l’Histoire.

On note, en effet, des indices de la naissance d’une « méthode » à travers deux de ses comportements, qui définissent l’historien. Hérodote affiche, d’une part, son désir de découvrir la vérité : « voulant recueillir des renseignements certains ». Or cetet quête de la vérité est bien le premier objectif de l’historien, dont le travail s’apparente à une enquête. Il suit une piste qui le mène de l’Egypte à la Phénicie, de « Tyr » à « Thase ». Au cours de son voyage, il recherche des témoignages (« selon eux »), et prend soin d’en exprimer les contradictions : « Je ne les trouvai pas, sur cette date, d’accord avec les Grecs ». Mais il ne tranche pas. Il veille aussi à trouver des preuves concrètes, ici « les temples » dont il compare les dates : on peut y voir un embryon d’archéologie.

Le temple d'Hercule, Amman, Jordanie Après sa récolte d’informations, Hérodote montre, d’autre part, son souci d’établir une vérité : « Le résultat de ces recherches prouve clairement… » Ici, sa certitude est posée avec force et objectivité. Mais il sait aussi se montrer prudent quand il y a un doute : « et il me semble que… » Il a tranché en faveur de la nature divine d’Hercule, allant en cela contre l’opinion la plus répandue en Grèce qui ne fait de lui qu’un demi-dieu. Mais il tente de justifier tout de même l’opinion grecque, dans un désir de conciliation : il y aurait deux Hercules, « l’Olympien », de nature divine, et le demi-dieu de la mythologie. Il agit en fait dans un souci d’équilibre.

CONCLUSION

Ce passage marque une transition car il est encore marqué par le merveilleux de la légende, du mythe antique qui imprègne les consciences à cette époque, mais exprime déjà la volonté de suivre une démarche historique : ne pas se contenter du « ouï-dire », mais aller vérifier, observer avant d’émettre un jugement.

Son effort d’objectivité prend une dimension paradoxale. Il choisit le « je » du récit de voyage, ce qui laisse forcément subsister les émotions du voyageur, ses surprises et son admiration. Mais il adopte le parti-pris de ne pas immédiatement qualifier de « barbare » ce qui est autre, de ne pas donner systématiquement raison à la Grèce. En cela il fait preuve d’une réelle ouverture d’esprit, rare à son époque.

 

 

 

Corpus : « Fonctions du voyage : découvertes et remises en cause » – Introduction

14 décembre, 2009
Corpus | Commentaires fermés

Problématique

« Fonctions du voyage »

Aujourd’hui voyager est devenu, avec le développement des transports et une organisation du travail qui a intégré la notion de « congés », pour certains une banalité, pour d’autres un rêve. Mais, dans ces deux cas, le voyage revêt une image méliorative : c’est découvrir, admirer, apprendre. En allant plus loin, un voyageur peut même comparer les lieux et les modes de vie qu’il découvre et les siens, il perdra peut-être ses préjugés, reviendra sur des stéréotypes, ira même jusqu’à juger sévérement sa propre société… C’est d’ailleurs le rôle qu’a joué le voyage pour les écrivains du « siècle des Lumières », qui se sont servis de ces peuples lointains pour critiquer la monarchie absolue, ses erreurs et ses abus.

Mais en a-t-il toujours été ainsi ? En replongeant aux sources des premiers voyages, on constate qu’ils n’étaient que rarement entrepris pour le seul plaisir de la découverte : c’étaient des expéditions militaires dangereuses, la recherche de terres nouvelles plus fertiles, ou les nécessités du commerce qui poussaient les hommes à partir de chez eux, souvent bien à regret ! Les auteurs évoquaient alors plus souvent la nostalgie de leur patrie que les joies du dépaysement.

A travers ce corpus, on examinera donc l’image contrastée du voyage et du voyageur. On s’intéressera aussi à la façon dont les écrivains ont utilisé ce thème pour en faire le support de leur satire, quitte à inventer parfois, dans des utopies, des pays imaginaires parfaits…

L'Odyssée, une épopée d'Homère HOMERE, l’Odyssée, Chant VII, vers 22-58

Depuis qu’il a quitté Troie avec quelques compagnons, Ulysse, le héros de l’Odyssée d’Homère, subit la colère de Poséidon et erre sur les mers, traversant des épreuves diverses pour retourner dans son île d’Ithaque. Ce héros, qui mettra dix ans à retrouver sa patrie, représente le premier voyageur de notre littérature occidentale. Quelle image du voyage nous présente-t-il à son arrivée chez les Phéaciens ?

Buste d'Hérodote d'Halicarnasse HERODOTE D’HALICARNASSE, Histoires, II, § XXXV et XLIV

L’oeuvre majeure d’Hérodote, Histoires, nous fait traverser avec l’écrivain les sites importants du monde antique en quête d’explications au conflit qui opposa les cités grecques à l’empire perse. Mais, au-delà de la  découverte des merveilles de ces lieux, de leurs traditions et de leurs moeurs, au-delà aussi de la mythologie qui imprègne encore la conscience du voyageur, elle marque aussi la naissance de la démarche historique. C’est un nouveau rôle qu’Hérodote assigne donc au voyage, celui d’une quête de vérité.  

Buste de Pausanias PAUSANIAS, La Périégèse de la Grèce, I, § 22

C’est au II° siècle, alors que la Grèce est devenue une province de l’empire romain, que Pausanias, originaire d’Asie mineure, part découvrir ce pays, puis la Macédoine, l’Italie, l’Asie et l’Afrique, avant de revenir s’établir à Rome vers 174, où il écrira sa Priégèse, en dix livres, faisant ainsi oeuvre de géographe. A la manière d’un guide de voyage moderne, il donne, au fur et à mesure de son itinéraire, la liste détaillée des lieux qu’il visite, à laquelle il ajoute ses propres commentaires. Comment nous décrit-il ce lieu emblématique d’Athènes, l’Acropole ?  

Portrait de Du Bellay DU BELLAY, Les Antiquités de Rome, « Nouveau venu, qui cherches Rome… »

Au XVI° siècle, sous la Renaissance, les humanistes désirent retrouver les sources antiques de l’art. On imagine donc l’enthousiasme de Joachim Du Bellay (1522-1560) quand son oncle cardinal lui propose, en 1553, de l’accompagner, en guise de secrétaire, à la cour du Pape… Mais ce qu’il découvre est loin de correspondre à ses rêves ! De ce voyage, il rapporte un recueil de sonnets en décasyllabes, Les Antiquités, qu’il dédie au roi en 1558. Quels sentiment ce voyage à Rome provoque-t-il chez le poète ?

Jean de La Fontaine, portrait par Rigaud, 1684 LA FONTAINE, Fables, IX, « Les deux pigeons »

Dans son second recueil de Fables, paru en 1678, La Fontaine dépasse ses modèles antiques pour donner plus d’ampleur à ses récits et exprimer davantage sa propre personnalité. Ainsi quand il nous fait assister aux mésaventures cocasses de son pauvre héros, le pigeon amateur de voyages, ne cherche-t-il pas à nous inviter à une forme de méfiance ?  Le voyage ne comporte-t-il pas plus de risques qu’il ne peut apporter de gloire ?

Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu, 1728 MONTESQUIEU, Lettres persanes, XXX, « Comment peut-on être Persan ? »

Les Lettres persanes de Montesquieu sont un échange de lettres entre deux Persans, Rica et Usbek, venus en France en 1712 (encore sous le règne de Louis XIV), et leurs amis restés en Perse. Cette fiction allie le roman exotique, alors à la mode, avec les anecdotes sur la vie au sérail, et un tableau de la France, depuis les moeurs de ses habitants jusqu’à son organisation politique, économique, ou ses pratiques religieuses. Cependant le fait que l’oeuvre ait été publiée en 1721 anonymement nous interroge : quel rôle Montesquieu accorde-t-il a ses deux voyageurs ?

Voltaire, à 41 ans, portrait de Quentin de La Tour VOLTAIRE, Candide ou l’optimisme, chap. XVIII, « l’Eldorado »

Dans ce conte philosophique, publié anonymement à Genève en 1759, Voltaire fait traverser à son jeune héros, Candide, toutes une série d’épreuves qui vont peu à peu lui prouver que l’enseignement qu’il a reçu de son maître Pangloss est sans fondement : tout n’est pas « pour le mieux dans le meilleur des mondes possible » ! Mais Voltaire ne se limite pas à la satire de l’optimisme. Par exemple, en conduisant son personnage dans le pays merveilleux d’Eldorado, l’utopie qu’il nous présente ne pose-t-elle pas plusieurs des idéaux chers au « siècle des Lumières » ?

Baudelaire, peint par Courbet BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal, section « Spleen et Idéal », « L’invitation au voyage »

Le recueil poétique de Baudelaire, publié en 1857, se situa au confluent de trois mouvements littéraires. Du romantisme, Baudelaire garde le « mal du siècle » et les élans de l’âme vers l’idéal inaccessible, qu’illustre la première section, intitulée « Spleen et Idéal ». Il emprunte à Théophile Gautier, théoricien de « l’Art pour l’Art », auquel il dédie son oeuvre, le culte de la beauté formelle, « impeccable », telle celle du paysage décrit dans « l’Invitation au voyage ». Enfin il annonce, par ses « correspondances » créatrices d’images, le symbolisme. Ne nous emmène-t-il pas, en même temps que la femme aimée, dans un « ailleurs » évocateur ?

Hérédia, peint par Chabas JOSE-MARIA DE HEREDIA, les Trophées, « Les Conquérants »

Le recueil des Trophées, paru en 1893, illustre parfaitement le courant du Parnasse auquel se rattache José-Maria de Hérédia, par sa forme, des sonnets à l’esthétique parfaite, comme par ses choix thématiques, qui excluent l’expression du « moi », propre au lyrisme, aussi bien que l’engagement politique. Hérédia y parcourt l’histoire, Grèce et Rome antiques, Moyen Age et Renaissance, y restitue les mythes et les légendes, mais s’attache aussi à dépeindre des paysages dans la section intitulée « La nature et le rêve ». Dans ce sonnet, « Les Conquérants », qui évoque le voyage des conquistadores à bord de leurs « caravelles », le rêve épique de l’homme ne s’unit-il pas à la beauté du décor ?

Portrait de Cendrars Blaise CENDRARS, Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, vers 1-23

Ce long poème paru en 1913 et illustré par le peintre Sonia Delaunay, représente ce que l’on nomme alors le « simultanéisme ». Le voyage que fait, tout jeune à l’occasion d’une fugue, le poète à travers la Russie, est retranscrit par un maginaire qui tente de restituer les impressions ressenties, les bribes de paysages, les sensations fugitives, juxtaposées comme pour reproduire le rythme saccadé du train.  Dans cette ouverture du poème, comment le voyage devient-il fondateur de la création poétique ?

Homère, « L’Odyssée », chant VII, vers 22-58 – Corpus : Fonctions du voyage : découvertes et remises en cause »

14 décembre, 2009
Poésie | Commentaires fermés

Ulysse en Phéacie

Les 12000 vers de l’Odyssée, épopée du IX° siècle avant Jésus-Christ attribuée à Homère, nous présentent le premier voyageur, Ulysse, dans son long périple pour retourner dans son île d’Ithaque après la chute de Troie. Des chants V à XII, le héros raconte au roi de Phéacie, Alkinoos, qui l’a accueilli après son naufrage, les aventures qu’il a vécues.

Homère, Odyssée, VII, trad. Lamartine    Naufragé, Ulysse a été jeté sur une plage où il a rencontré la princesse Nausicaa. Sous l’influence de la déesse Athéna, protectrice du héros, elle lui donne rendez-vous au palais de son père. Sur son trajet vers la ville, Athéna le cache d’une  »épaisse nuée », pour lui éviter toute mauvaise rencontre. Puis elle prend la forme d’une petite fille pour le guider.

Quelle image cet extrait nous donne-t-il du voyageur en terre étrangère ?

L’ASPECT BÉNÉFIQUE DU VOYAGE

Port sur la mer_arrivée d'Ulysse chez les Phéaciens, de Claude Le Lorrain Le voyage offre la possibilité de découvrir des lieux et des peuples, comme ici Ulysse découvrant un peuple de navigateurs dont la richesse vient de la mer. Cela explique l’éloge à Poséidon désigné par la périphrase : « l’Ebranleur du sol a concédé le grand abîme à nos passeurs ». Le voyage devient ainsi source d’émerveillement, comme le prouve l’image hyperbolique des vaisseaux « plus prompts que l’aile ou la pensée ». Tout paraît à Ulysse exceptionnel et riche : « Il admirait les ponts, les fins navires, et dans les agoras, la foule des héros et, merveilleuse à voir, la ligne des hauts murs garnis de palissades ». Même les humains, qualifiés de « héros », paraissent de dimension supérieure !

De même la présentation du pouvoir royal en amplifie les qualités : les « rois » sont appelés par leur origine divine, « nourrissons de Zeus ». Le grand-père de la reine Arétè était, en effet, le fils de Poséidon et d’une mortelle, et Poséidon est lui-même le frère de Zeus, ce qui explique aussi que la ville soit placée sous la protection divine. Leur occupation évoque les banquets antiques, et est signe de leur opulence. Enfin l’on note l’éloge de la reine (son prénom signifie « la vertu », et elle est la fille du frère d’Alkinoos qui l’épousa à la mort de son père), dont la puissance semble même supérieure à celle de son époux puisque c’est à elle qu’Ulysse devra s’adresser.

Ce passage nous rappelle également la loi d’hospitalité, qui existait alors envers les mendiants et ceux qui se trouvaient dépourvus de tout. C’est bien le cas d’Ulysse :  » après bien des épreuves, j’arrive de très loin », « je ne connais personne ». Face à sa plainte, la réponse de l’enfant est celle logiquement attendue, elle lui témoigne du respect par son appellation (« Hôte, notre père ») et l’aide volontiers. Son discours laisse supposer qu’il pourra trouver de l’aide au palais royal : « que ton coeur soit sans crainte ».

=== Ce passage donne une première image positive du voyage : même dans de difficiles condtions, telles celles que traverse Ulysse, il offre bien des merveilles.

LA VALEUR DU VOYAGE DÉNIÉE

Mais ce n’est pas l’unique aspect mis en valeur par ce texte. Il évoque aussi les risques courus par le voyageur. Déjà à travers la demande prudente et polie d’Ulysse, qui rappelle qu’il vient « d’une terre lointaine et étrangère », on comprend qu’il se méfie. L’étranger, dans le monde grec, est celui qui est différent, qui est, a priori, considéré comme un « barbare » parce qu’il n’a pas la même culture. La réponse donnée confirme d’ailleurs cette nécessaire prudence : « Viens en silence [...]. ne parle point et n’interroge aucun de ces hommes, car ils n’aiment point les étrangers et ne reçoivent point avec amitié quiconque vient de loin ». Il lui faut donc éviter tout ce qui le signalerait comme étranger, et qui pourrait être perçu comme une provocation par ce peuple riche. L’étranger étant source de menace, on comprend alors qu’aucun voyage ne peut être envisagé de gaieté de coeur.

La carte des voyages d'Ulysse, par V. Bérard En aucun cas voyager ne pourra donc être posé comme un idéal à cette époque. D’ailleurs, depuis son départ de Troie, Ulysse n’a qu’un seul voeu, le « nostos », le retour dans sa patrie. Sans même qu’il l’ait exprimé, c’est d’ailleurs celui qui est formulé spontanément par l’enfant-Athéna qui l’accompagne : « revoir tes amis, et rentrer dans ta haute demeure et dans la terre de la patrie ». Ce sont ces trois éléments, en effet, placés en gradation, qui constituent l’identité et la protection d’un homme.  Il est évident que personne ne peut vouloir vivre à l’étranger, et l’on ne voyage que par obligation !

CONCLUSION

Cet extrait antique met en place une double image du voyageur. D’un côté il est le découvreur, celui qui va être fasciné par le monde neuf qu’il a sous les yeux. Mais il est aussi l’étranger, celui qui ne sera jamais totalement admis par la terre qui l’accueille…

 Ce voyage d’Ulysse développe aussi un double sentiment. D’une part, il rappelle la loi d’hospitalité, qui est encore largement de règle aujourd’hui, notamment dans les pays « du sud », ou dans ceux où la vie est difficile, d’où la conscience d’un nécessaire partage. D’autre part, le héros éprouve de la nostalgie, étymologiquement le « mal du retour », ce sentiment ressenti lorsque l’on est loin de chez soi, et rappelons qu’autrefois l’exil était une sanction judiciaire.

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