Aimer-la-littérature

Bienvenue sur mon blog

  • Accueil
  • > Corpus
  • > Corpus : « Fonctions du voyage : découvertes et remises en cause » – Introduction
14
déc 2009
Corpus : « Fonctions du voyage : découvertes et remises en cause » – Introduction
Posté dans Corpus par cotentinghislaine à 6:10 | Commentaires fermés

Problématique

« Fonctions du voyage »

Aujourd’hui voyager est devenu, avec le développement des transports et une organisation du travail qui a intégré la notion de « congés », pour certains une banalité, pour d’autres un rêve. Mais, dans ces deux cas, le voyage revêt une image méliorative : c’est découvrir, admirer, apprendre. En allant plus loin, un voyageur peut même comparer les lieux et les modes de vie qu’il découvre et les siens, il perdra peut-être ses préjugés, reviendra sur des stéréotypes, ira même jusqu’à juger sévérement sa propre société… C’est d’ailleurs le rôle qu’a joué le voyage pour les écrivains du « siècle des Lumières », qui se sont servis de ces peuples lointains pour critiquer la monarchie absolue, ses erreurs et ses abus.

Mais en a-t-il toujours été ainsi ? En replongeant aux sources des premiers voyages, on constate qu’ils n’étaient que rarement entrepris pour le seul plaisir de la découverte : c’étaient des expéditions militaires dangereuses, la recherche de terres nouvelles plus fertiles, ou les nécessités du commerce qui poussaient les hommes à partir de chez eux, souvent bien à regret ! Les auteurs évoquaient alors plus souvent la nostalgie de leur patrie que les joies du dépaysement.

A travers ce corpus, on examinera donc l’image contrastée du voyage et du voyageur. On s’intéressera aussi à la façon dont les écrivains ont utilisé ce thème pour en faire le support de leur satire, quitte à inventer parfois, dans des utopies, des pays imaginaires parfaits…

L'Odyssée, une épopée d'Homère HOMERE, l’Odyssée, Chant VII, vers 22-58

Depuis qu’il a quitté Troie avec quelques compagnons, Ulysse, le héros de l’Odyssée d’Homère, subit la colère de Poséidon et erre sur les mers, traversant des épreuves diverses pour retourner dans son île d’Ithaque. Ce héros, qui mettra dix ans à retrouver sa patrie, représente le premier voyageur de notre littérature occidentale. Quelle image du voyage nous présente-t-il à son arrivée chez les Phéaciens ?

Buste d'Hérodote d'Halicarnasse HERODOTE D’HALICARNASSE, Histoires, II, § XXXV et XLIV

L’oeuvre majeure d’Hérodote, Histoires, nous fait traverser avec l’écrivain les sites importants du monde antique en quête d’explications au conflit qui opposa les cités grecques à l’empire perse. Mais, au-delà de la  découverte des merveilles de ces lieux, de leurs traditions et de leurs moeurs, au-delà aussi de la mythologie qui imprègne encore la conscience du voyageur, elle marque aussi la naissance de la démarche historique. C’est un nouveau rôle qu’Hérodote assigne donc au voyage, celui d’une quête de vérité.  

Buste de Pausanias PAUSANIAS, La Périégèse de la Grèce, I, § 22

C’est au II° siècle, alors que la Grèce est devenue une province de l’empire romain, que Pausanias, originaire d’Asie mineure, part découvrir ce pays, puis la Macédoine, l’Italie, l’Asie et l’Afrique, avant de revenir s’établir à Rome vers 174, où il écrira sa Priégèse, en dix livres, faisant ainsi oeuvre de géographe. A la manière d’un guide de voyage moderne, il donne, au fur et à mesure de son itinéraire, la liste détaillée des lieux qu’il visite, à laquelle il ajoute ses propres commentaires. Comment nous décrit-il ce lieu emblématique d’Athènes, l’Acropole ?  

Portrait de Du Bellay DU BELLAY, Les Antiquités de Rome, « Nouveau venu, qui cherches Rome… »

Au XVI° siècle, sous la Renaissance, les humanistes désirent retrouver les sources antiques de l’art. On imagine donc l’enthousiasme de Joachim Du Bellay (1522-1560) quand son oncle cardinal lui propose, en 1553, de l’accompagner, en guise de secrétaire, à la cour du Pape… Mais ce qu’il découvre est loin de correspondre à ses rêves ! De ce voyage, il rapporte un recueil de sonnets en décasyllabes, Les Antiquités, qu’il dédie au roi en 1558. Quels sentiment ce voyage à Rome provoque-t-il chez le poète ?

Jean de La Fontaine, portrait par Rigaud, 1684 LA FONTAINE, Fables, IX, « Les deux pigeons »

Dans son second recueil de Fables, paru en 1678, La Fontaine dépasse ses modèles antiques pour donner plus d’ampleur à ses récits et exprimer davantage sa propre personnalité. Ainsi quand il nous fait assister aux mésaventures cocasses de son pauvre héros, le pigeon amateur de voyages, ne cherche-t-il pas à nous inviter à une forme de méfiance ?  Le voyage ne comporte-t-il pas plus de risques qu’il ne peut apporter de gloire ?

Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu, 1728 MONTESQUIEU, Lettres persanes, XXX, « Comment peut-on être Persan ? »

Les Lettres persanes de Montesquieu sont un échange de lettres entre deux Persans, Rica et Usbek, venus en France en 1712 (encore sous le règne de Louis XIV), et leurs amis restés en Perse. Cette fiction allie le roman exotique, alors à la mode, avec les anecdotes sur la vie au sérail, et un tableau de la France, depuis les moeurs de ses habitants jusqu’à son organisation politique, économique, ou ses pratiques religieuses. Cependant le fait que l’oeuvre ait été publiée en 1721 anonymement nous interroge : quel rôle Montesquieu accorde-t-il a ses deux voyageurs ?

Voltaire, à 41 ans, portrait de Quentin de La Tour VOLTAIRE, Candide ou l’optimisme, chap. XVIII, « l’Eldorado »

Dans ce conte philosophique, publié anonymement à Genève en 1759, Voltaire fait traverser à son jeune héros, Candide, toutes une série d’épreuves qui vont peu à peu lui prouver que l’enseignement qu’il a reçu de son maître Pangloss est sans fondement : tout n’est pas « pour le mieux dans le meilleur des mondes possible » ! Mais Voltaire ne se limite pas à la satire de l’optimisme. Par exemple, en conduisant son personnage dans le pays merveilleux d’Eldorado, l’utopie qu’il nous présente ne pose-t-elle pas plusieurs des idéaux chers au « siècle des Lumières » ?

Baudelaire, peint par Courbet BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal, section « Spleen et Idéal », « L’invitation au voyage »

Le recueil poétique de Baudelaire, publié en 1857, se situa au confluent de trois mouvements littéraires. Du romantisme, Baudelaire garde le « mal du siècle » et les élans de l’âme vers l’idéal inaccessible, qu’illustre la première section, intitulée « Spleen et Idéal ». Il emprunte à Théophile Gautier, théoricien de « l’Art pour l’Art », auquel il dédie son oeuvre, le culte de la beauté formelle, « impeccable », telle celle du paysage décrit dans « l’Invitation au voyage ». Enfin il annonce, par ses « correspondances » créatrices d’images, le symbolisme. Ne nous emmène-t-il pas, en même temps que la femme aimée, dans un « ailleurs » évocateur ?

Hérédia, peint par Chabas JOSE-MARIA DE HEREDIA, les Trophées, « Les Conquérants »

Le recueil des Trophées, paru en 1893, illustre parfaitement le courant du Parnasse auquel se rattache José-Maria de Hérédia, par sa forme, des sonnets à l’esthétique parfaite, comme par ses choix thématiques, qui excluent l’expression du « moi », propre au lyrisme, aussi bien que l’engagement politique. Hérédia y parcourt l’histoire, Grèce et Rome antiques, Moyen Age et Renaissance, y restitue les mythes et les légendes, mais s’attache aussi à dépeindre des paysages dans la section intitulée « La nature et le rêve ». Dans ce sonnet, « Les Conquérants », qui évoque le voyage des conquistadores à bord de leurs « caravelles », le rêve épique de l’homme ne s’unit-il pas à la beauté du décor ?

Portrait de Cendrars Blaise CENDRARS, Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, vers 1-23

Ce long poème paru en 1913 et illustré par le peintre Sonia Delaunay, représente ce que l’on nomme alors le « simultanéisme ». Le voyage que fait, tout jeune à l’occasion d’une fugue, le poète à travers la Russie, est retranscrit par un maginaire qui tente de restituer les impressions ressenties, les bribes de paysages, les sensations fugitives, juxtaposées comme pour reproduire le rythme saccadé du train.  Dans cette ouverture du poème, comment le voyage devient-il fondateur de la création poétique ?


Fil RSS 2.0. Réponses et trackbacks sont desactivés.

Réponses desactivées.

lire puis écrire |
Pour l'amour de la langue e... |
Laisse moi mettre des poème... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le Dragon de la Rivière
| Tisseurs de Mondes
| agnes2nantes