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14
déc 2009
Homère, « L’Odyssée », chant VII, vers 22-58 – Corpus : Fonctions du voyage : découvertes et remises en cause »
Posté dans Poésie par cotentinghislaine à 5:18 | Commentaires fermés

Ulysse en Phéacie

Les 12000 vers de l’Odyssée, épopée du IX° siècle avant Jésus-Christ attribuée à Homère, nous présentent le premier voyageur, Ulysse, dans son long périple pour retourner dans son île d’Ithaque après la chute de Troie. Des chants V à XII, le héros raconte au roi de Phéacie, Alkinoos, qui l’a accueilli après son naufrage, les aventures qu’il a vécues.

Homère, Odyssée, VII, trad. Lamartine    Naufragé, Ulysse a été jeté sur une plage où il a rencontré la princesse Nausicaa. Sous l’influence de la déesse Athéna, protectrice du héros, elle lui donne rendez-vous au palais de son père. Sur son trajet vers la ville, Athéna le cache d’une  »épaisse nuée », pour lui éviter toute mauvaise rencontre. Puis elle prend la forme d’une petite fille pour le guider.

Quelle image cet extrait nous donne-t-il du voyageur en terre étrangère ?

L’ASPECT BÉNÉFIQUE DU VOYAGE

Port sur la mer_arrivée d'Ulysse chez les Phéaciens, de Claude Le Lorrain Le voyage offre la possibilité de découvrir des lieux et des peuples, comme ici Ulysse découvrant un peuple de navigateurs dont la richesse vient de la mer. Cela explique l’éloge à Poséidon désigné par la périphrase : « l’Ebranleur du sol a concédé le grand abîme à nos passeurs ». Le voyage devient ainsi source d’émerveillement, comme le prouve l’image hyperbolique des vaisseaux « plus prompts que l’aile ou la pensée ». Tout paraît à Ulysse exceptionnel et riche : « Il admirait les ponts, les fins navires, et dans les agoras, la foule des héros et, merveilleuse à voir, la ligne des hauts murs garnis de palissades ». Même les humains, qualifiés de « héros », paraissent de dimension supérieure !

De même la présentation du pouvoir royal en amplifie les qualités : les « rois » sont appelés par leur origine divine, « nourrissons de Zeus ». Le grand-père de la reine Arétè était, en effet, le fils de Poséidon et d’une mortelle, et Poséidon est lui-même le frère de Zeus, ce qui explique aussi que la ville soit placée sous la protection divine. Leur occupation évoque les banquets antiques, et est signe de leur opulence. Enfin l’on note l’éloge de la reine (son prénom signifie « la vertu », et elle est la fille du frère d’Alkinoos qui l’épousa à la mort de son père), dont la puissance semble même supérieure à celle de son époux puisque c’est à elle qu’Ulysse devra s’adresser.

Ce passage nous rappelle également la loi d’hospitalité, qui existait alors envers les mendiants et ceux qui se trouvaient dépourvus de tout. C’est bien le cas d’Ulysse :  » après bien des épreuves, j’arrive de très loin », « je ne connais personne ». Face à sa plainte, la réponse de l’enfant est celle logiquement attendue, elle lui témoigne du respect par son appellation (« Hôte, notre père ») et l’aide volontiers. Son discours laisse supposer qu’il pourra trouver de l’aide au palais royal : « que ton coeur soit sans crainte ».

=== Ce passage donne une première image positive du voyage : même dans de difficiles condtions, telles celles que traverse Ulysse, il offre bien des merveilles.

LA VALEUR DU VOYAGE DÉNIÉE

Mais ce n’est pas l’unique aspect mis en valeur par ce texte. Il évoque aussi les risques courus par le voyageur. Déjà à travers la demande prudente et polie d’Ulysse, qui rappelle qu’il vient « d’une terre lointaine et étrangère », on comprend qu’il se méfie. L’étranger, dans le monde grec, est celui qui est différent, qui est, a priori, considéré comme un « barbare » parce qu’il n’a pas la même culture. La réponse donnée confirme d’ailleurs cette nécessaire prudence : « Viens en silence [...]. ne parle point et n’interroge aucun de ces hommes, car ils n’aiment point les étrangers et ne reçoivent point avec amitié quiconque vient de loin ». Il lui faut donc éviter tout ce qui le signalerait comme étranger, et qui pourrait être perçu comme une provocation par ce peuple riche. L’étranger étant source de menace, on comprend alors qu’aucun voyage ne peut être envisagé de gaieté de coeur.

La carte des voyages d'Ulysse, par V. Bérard En aucun cas voyager ne pourra donc être posé comme un idéal à cette époque. D’ailleurs, depuis son départ de Troie, Ulysse n’a qu’un seul voeu, le « nostos », le retour dans sa patrie. Sans même qu’il l’ait exprimé, c’est d’ailleurs celui qui est formulé spontanément par l’enfant-Athéna qui l’accompagne : « revoir tes amis, et rentrer dans ta haute demeure et dans la terre de la patrie ». Ce sont ces trois éléments, en effet, placés en gradation, qui constituent l’identité et la protection d’un homme.  Il est évident que personne ne peut vouloir vivre à l’étranger, et l’on ne voyage que par obligation !

CONCLUSION

Cet extrait antique met en place une double image du voyageur. D’un côté il est le découvreur, celui qui va être fasciné par le monde neuf qu’il a sous les yeux. Mais il est aussi l’étranger, celui qui ne sera jamais totalement admis par la terre qui l’accueille…

 Ce voyage d’Ulysse développe aussi un double sentiment. D’une part, il rappelle la loi d’hospitalité, qui est encore largement de règle aujourd’hui, notamment dans les pays « du sud », ou dans ceux où la vie est difficile, d’où la conscience d’un nécessaire partage. D’autre part, le héros éprouve de la nostalgie, étymologiquement le « mal du retour », ce sentiment ressenti lorsque l’on est loin de chez soi, et rappelons qu’autrefois l’exil était une sanction judiciaire.


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