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Archive pour le 2 janvier, 2010


« Un Aller simple » : Lecture analytique, « L’expulsion », pp. 32-34

2 janvier, 2010
Roman | Commentaires fermés

L’expulsion : pp. 32-34

de « Alors l’attaché…  » à « … un peu navré »

Il s’agit de l’élément perturbateur : Aziz est arrêté, ironie suprême pour le seul vol qu’il n’ait pas commis ! Il sera expulsé, autre ironie parce qu’il est le seul qui ait des papiers ! Certes ils sont faux, mais peu importe, il sera renvoyé au Maroc en compagnie d’un « attaché », Jean-Pierre Schneider, parce que le gouvernement a besoin de montrer à la population son action.

Comment cette expulsion se trouve-t-elle mise en scène ?

Expulsion des sans-papiers L’EXPULSION

L’expulsion est présentée avec un contraste entre le discours officiel et le comportement de « l’attaché ».

Le discours officiel est construit selon un decrescendo. C’est d’abord la « position de la France » qui est invoquée, à travers ses principes de base, ceux d’une « démocratie » : l’équilibre entre les « droits » garantis aux « travailleurs immigrés » et les « devoirs » qu’eux-mêmes doivent remplir : avoir « un emploi et une situation régulière ». Puis est rappelé le rôle du « gouvernement », organe exécutif auquel il appartient d’agir (il « inaugure une procédure ») et surtout d’être « efficace au plan du résultat ». Ce discours s’affirme donc comme démocratique et juste, mais qui est en fait totalement hypocrite. Il reconnaît, en effet, la raison même de l’immigration, « nous vous avons fait venir lorsque nous avions besoin de vous », mais masque la cause de l’expulsion. Au lieu de dire simplement « nous n’avons plus besoin de vous », le discours met en avant une générosité envers les pays en voie de développement : « vous montrer que c’est votre pays qui a besoin de vous ». Il y a donc un décalage entre le but réel du gouvernement, « stopper le flux migratoire en provenance du Maghreb », qui implique le renvoi des émigrés, et le prétexte forgé : « vous construire un avenir chez vous« . Le recours à l’italique souligne ce « vous », auquel on feint de s’intéresser, en oubliant le « nous » qui décide de l’expulsion. Le discours ne recule devant rien pour faire croire à ce prétexte, comme le montre l’adjectif dans « une vraie politique d’incitation au développement ».

Il revient enfin au ministère des « Affaires étrangères » de mettre en oeuvre la décision du gouvernement : il a « mandaté » l’attaché qui a pour rôle de « simplifier les démarches administratives ». Mais ce mandat semble totalement improvisé, comme le signale avec colère l’attaché lui-même, qui, avec sa « voix agressive » souligne ses griefs : « Je n’ai même pas eu le temps de lire votre dossier ! Je ne sais même pas dans quelle branche vous êtes ! » En fait, son comportement démasque l’hypocrisie du discours. Déjà le ton qu’il emploie donne l’impression de réciter une leçon apprise par coeur, comme le soulignent les remarques ironiques du narrateur : « lâcher d’un trait », « Il s’est arrêté soudain, comme s’il tombait en panne ». Croit-il vraiment à ce qu’il dit ? On peut en douter, déjà par des signes physiques qui traduisent son malaise dans les premières lignes, puis sa réaction face à Aziz : « Il a détourné la tête, avalé sa salive, soupiré très fort ». La vérité arrive seulement au moment où il parvient à le regarder en face : « il a plongé dans mon regard ». En fait il s’agit bien de satisfaire une opinion publique mécontente de la présence des immigrés, en mettant en scène une expulsion qui montrera l’action gouvernementale : « l’émission « Marseille, ville arabe » a fait trente pour cent de parts de marché ». L’attaché, de toute évidence, exécute les ordres, mais sans y croire : « J’avais l’impression qu’il passait un examen devant moi ».

=== La situation dans laquelle se trouvent les deux personnages est donc une totale mise en scène politique, une mystification destinée à un public crédule.

Paris-Match, un reportage sur le racisme  LA MISE EN SCENE JOURNALISTIQUE

Pour réussir cette mise en scène, les médias sont indispensables, et le journaliste de Match va jouer ici un rôle essentiel, celui du metteur en scène. C’est lui, en effet, qui règle les éclairage (« Je suis OK pour la lumière »), qui dirige la gestuelle des acteurs : « reste avec la main comme ça, c’est bon ». Il compose véritablement ce personnage de l’émigré, jusqu’aux variations autour du « sourire » pour arriver à une vraisemblance parfaite : « Humain quoi, avec un poil d’inquiétude, parce que quand même ». Le photographe doit donc reproduire le message officiel par l’image. Ainsi le sourire sera celui de l’émigré heureux de ce que l’Etat français fait pour lui, mais « un peu étonné », car n’est-ce pas la première fois que l’on s’occupe ainsi de lui ? De même la mise en scène autour de « la carte » doit prouver qu’il s’agit d’abord d’une réinsertion dans son pays d’origine, et non d’une expulsion, un pays où l’attend un travail grâce aux bons soins de l’attaché qui s’occupe de lui. « Tu lui réponds, tu t’intéresses » achève d’affirmer l’idée que l’expulsé est parfaitement d’accord et prêt à ce retour au pays.

Cependant ici aussi van Cauwelaert crée une distanciation, pour briser cette belle mise en scène. D’une part l’attaché recule devant cette complicité : il adopte « un air contraint », puis retire la main de l’épaule d’Aziz « parce que c’était peut-être un peu trop ». Il ne joue pas volontiers son rôle ! De même à la fin « Il avait l’air un peu navré », comme si cette mise en scène, qui manipule Aziz comme une marionnette, le chagrinait. D’autre part le héros lui-même crée une rupture par ses commentaires sur le comportement qu’on lui demande d’adopter. Par exemple quand le photographe lui demande « un sourire étonné », il précise « J’ai pris l’air étonné, et je n’ai pas eu beaucoup de mal », ce qui donne à son étonnement un tout autre sens que celui souhaité par le photographe. De même sa déclaration à propos des flashes,  »ça faisait un peu fête », contraste avec le commentaire qui suit : « j’ai repensé à mon repas de fiançailles et les dernières photos ont dû être plus tristes ». La vérité est ainsi rétablie, ainsi que la réalité de cette expulsion : Aziz n’a aucune envie de quitter Marseille ni celle qu’il aime… Mais ces photos-là ne seront certainement pas retenues pour la publication.

CONCLUSION

L’événement perturbateur a pour effet de créer une rupture, et c’est bien le cas ici. Mais cette rupture, définie comme le retour « chez vous » représente un nouveau mensonge dans la vie du héros, puisqu’il n’est marocain qu’en raison de ses faux papiers. La situation initiale n’était qu’une série de mensonges, sur l’identité d’Aziz, sur sa relation avec Lila, mais l’élément perturbateur en forge d’autres : une accusation de vol alors qu’il n’a pas volé, un mensonge politique, une mise en scène journalistique. Un horizon d’attente est ainsi créé : ces mensonges succssifs conduiront-ils le héros à sa vérité ?

« Un Aller simple » : lecture analytique, « la vie à Vallon-Fleuri », pp. 13-14

2 janvier, 2010
Roman | Commentaires fermés

« Vallon-Fleuri » : pp. 13-14

de « La vie est calme… » à « … maisons Bouygues. »

Ce passage se situe dans la situation initiale. Après s’être présenté lui-même, le narrateur, Aziz, présente son cadre de vie, la cité de Vallon-Fleuri, dans les quartiers nord de Marseille. Ce texte, en faisant la satire de la politique urbaine, s’interroge sur l’influence de l’habitat sur le comportement de la jeunesse.

Vivre à Marseille-nord  LA DELINQUANCE URBAINE

Cet extrait met en place le thème de la délinquance des jeunes, en montrant la violence exercée contre les biens (« casser Casino et Leclerc »), symboles de la société de consommation, comme contre les personnes, notamment celles qui représentent le pouvoir. Ainsi il est question de « fracasse[r] un policier », représentant de la loi, ou bien c’est « la Commission », incarnation du gouvernement, qui « avait reçu un frigo sur la tête ».

Cependant le ton humoristique adopté traduit le refus de considérer cette délinquance comme dangereuse. Elle a même un aspect sympathique, car elle fonctionne selon des lois « humaines ». Ainsi la violence n’est pas véritablement recherchée : « on a pitié » du policier, lui-même considéré comme une victime de l’Etat qui l’emploie. De même « on les respecte, les petits vieux du pays », avec une sorte de reconnaissance émue de la perte que leur cause la dégradation du quartier. Une sorte de morale spontanée se met donc en place : il s’agit de « faire de l’auto-discipline », de montrer de la « délicatesse » en distinguant nettement ceux que l’on peut attaquer et ceux auxquels on ne touchera pas.

=== Didier van Cauwelaert choisit donc de traiter avec le sourire un sujet sérieux, comme pour démythifier l’importance donnée à la délinquance et la peur qu’elle peut provoquer.

L’HABITAT

La cité de Vallon-Fleuri est un grand ensemble HLM situé dans le nord de Marseille. Mais cette zone apparaît immédiatement comme un lieu à part, séparé du reste de la ville par une véritable « frontière ». On a même l’impression que ce lieu ne fait pas partie de la France : « décider qu’on n’existe pas », « Nos cités ne sont plus marquées sur les cartes ». En raison de la délinquance, le quartier est totalement dévalorisé : l’habitat a « perdu les trois quarts de sa valeur ». Ainsi le cadre de vie a tout du ghetto, lieu d’exclusion voire de ségrégation, en rappelant qu’au moyen-âge on parquait dans le « ghetto » les populations jugées inférieures.

La description de l’habitat met en valeur sa dimension collective, « tours » ou « barres » : il est vu comme une erreur commise par les urbanistes, source première de la délinquance. C’est pour cette raison qu’il sera détruit, « scalpé » pour reprendre l’image cocasse de la destruction des tours.

Campement de gitans dans un quartier nord de Marseille Mais un autre habitat existe, individuel lui, celui des Tsiganes, les « roulottes » : c’est l’habitat traditionnel, avec cette appellation de « roulottes » qui ne correspond plus à la réalité – des caravanes -, totalement opposé au modernisme et au gigantisme des HLM… Et si lui aussi abrite des délinquants, l’explication est donnée par la « Commission » officielle :  « les Bohémiens se sentaient mal intégrés dans leurs roulottes ».

Pour remplacer cet habitat, une troisième solution est donc envisagée, « des maisons Bouygues ». La suite du texte montre qu’elles n’ont été qu’une nouvelle occasion de délinquance.

LA SATIRE POLITIQUE

Les cibles sont nommées selon un decrescendo. Il y a d’abord le « préfet », représentant direct de l’Etat dans les régions. S’il veut poursuivre sa carrière, ce préfet doit montrer son efficacité, donc « faire baisser la criminalité ». Mais par quels moyens ? En fait, il s’agit de fausser les « statistiques » : on supprime des policiers, il n’en reste plus que « trente », et s’il arrive quelque chose à un policier, « sa plainte ne sera jamais transmise au tribunal par ses chefs ». En disant du préfet qu’il « est assez malin », le narrateur transforme sa fonction politique en une sorte de jeu, dans lequel il s’agit de ruser habilement avec ceux que l’on combat. Mais l’action réelle est inexistante !

Ensuite l’extrait ridiculise le fonctionnement des « commissions d’études », baptisées ironiquement « attractions de Paris ». Ces commissions apparaissent totalement incompétentes. Elles font certes des théories : « comme quoi la délinquance venait du trop grand nombre d’étages ». Mais ces théories s’avèrent absurdes, puisqu’il y a aussi des délinquants dans les « roulottes » ! Et surtout, elles ne résolvent rien, car elles sont coupées de la réalité, et ne se préoccupent que de l’image donnée dans les médias : « Forcément, quand on ne connaît pas », conclut ironiquement le narrateur. La naïveté de ces hommes politiques apparaît immense. Il a suffi de « pastis » et de « musique » pour les amadouer : « les nerfs se sont détendus », elle « nous a remerciés de notre accueil ». Mais la commission n’a pas compris que cet accueil était surtout une façon de se démarquer de l’autre quartier, celui « des Comoriens de la Basse-Robière », donc était le signe des luttes entre habitants des cités. Le ridicule est parachevé quand ces officiels confondent les « paniers », production des tsiganes qui leur permet de vivre, avec des « cadeaux » qu’ils vont donc « emport[er]…

Enfin la critique n’épargne pas les gestionnaires de ces cités, « l’office HLM » qui préfère « mure[r] » un logement libre, plutôt que de le « remettre en état », pour des raisons financières, sans considérer le réel besoin de logements pour les populations défavorisées.

Ainsi van Cauwelaert met en place, par son ironie, un monde où tout fonctionne à l’envers. Par exemple le policier fait son travail (« contrôler les identités »), mais, finalement, c’est lui qui sera puni : « le préfet lui passerait un savon ». Les délinquants en arrivent donc à « protéger » les policiers « comme une espèce en voie de disparition ». D’ailleurs un fonctionnement parfait s’est organisé, et la délinquance continue en dehors des rondes de police. Cette « délicatesse » vaut même aux délinquants un remerciement : « on nous a d’ailleurs installé un MIN, Marché d’intérêt national, où on va se servir gratuitement », alors que les honnêtes citoyens vont, eux, « payer à la caisse ». Van Cauwelaert en arrive ainsi à représenter la vie de la cité comme une sorte de jeu, et l’expression « ils ont scalpé les vieilles tours » corrobore cette image d’Indiens face à des cow-boys intrépides, les délinquants.

=== Van Cauwelaert applique le principe même de l’ironie, en introduisant un décalage entre le prinicpe de réalité, le respect et le sérieux de ceux qui représentent la loi face à des délinquants qui leur sont inférieurs, et le récit qui ridiculise ceux qui devraient être respectés en donnant le beau rôle aux inférieurs.

CONCLUSION

Derrière le ton humoristique adopté par le narrateur, van Cauwelaert aborde un thème sérieux, qui pose la question de ce que l’on nomme le « développement durable ». Une ville, en se développant, voit sa population augmenter, et, notamment une population immigrée, qu’il faut loger. C’est ce qui s’est passé pendant la période dite des « Trente Glorieuses », où l’on a construit à moindre frais dans les périphéries des villes un habitat collectif. Mais cet habitat, non seulement a enlaidi l’environnement, mais, surtout, a regroupé des populations en difficultés économiques, ce qui ne pouvait que favoriser la délinquance.

A l’époque où l’auteur compose son roman, on s’est mis à détruire les « tours » et les « barres », mais là encore, les décisions sont prises à moindres frais, et, surtout, sans tenir compte des désirs des habitants eux-mêmes ou de leurs modes de vie. Le roman conduit donc à une satire politique qui n’épargne pas les « décideurs ».

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