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19
fév 2010
Corpus : « Dénoncer la guerre » – Introduction
Posté dans Corpus, Le siècle des Lumières, Poésie, Roman par cotentinghislaine à 3:04 | Commentaires fermés

Introduction

PROBLEMATIQUE 

De quelles armes disposent les écrivains pour dénoncer la guerre ? Pour aborder ce corpus, il est utile

- de rapporter chaque texte à la période historique que concernent à la fois le temps de l’écriture, et le temps auquel est censée se dérouler l’histoire évoquée, si elle n’est pas simultanée. Un site utile pour une 1ère recherche chronologique : http://lauhic.perso.neuf.fr/

- de posséder des connaissances sur les procédés propres à la dénonciation, notamment ceux qui soutiennent les registres satiriques et polémiques. On peut consulter avec profit le site généraliste : http://www.site-magister.com/regisd.htm

L’approche du corpus montre à quel point la censure va peser sur cette dénonciation, puisque les écrivains remettent en cause des politiques, touchent aux domaines de l’économie et de la religion. Cela les oblige donc à adopter des stratégies de « contournement », par exemple de recourir à l’apologue (fable, utopie, conte philosophique…) pendant tout l’Ancien Régime. On notera la différence avec l’avènement des libertés démocratiques, qui permettront aux attaques d’être plus directes et plus violentes.

Les analyses vont se proposer 3 observations :

- la recherche des cibles visées par les écrivains, qu’il s’agisse d’individus, directement nommés ou suggérés, d’institutions ou d’idéologies, voire d’un concept, tel le racisme ou le fanatisme ;

- l’explicitation des reproches lancés, et, parallèlement des idéaux proposés ;

- la stratégie mise en oeuvre pour argumenter, c’est-à-dire les arguments et leur organisation pour faire appel à la raison du lecteur, puis les procédés d’écriture élaborés pour toucher leurs sentiments, le tout pour le conduire à remettre en cause ses propres convictions, à délibérer sur les propositions qu’avancent les écrivains.

LA GUERRE

Rubens, allégorie de la guerre   L’observation de cette « allégorie de la guerre », peinte par Rubens en 1636 à l’occasion de la guerre de Trente ans qui déchira notamment la Flandre, permet de mettre en place les composantes que les textes retrouveront.

Au centre, casqué et reconnaissable par sa toge drapée rouge, symbole du pouvoir mais aussi du sang qu’il va répandre, le dieu Mars se précipite au combat, armé de son glaive, tandis que Vénus et les Amours tentent, vainement, de le retenir. Aucune beauté, aucun amour ne sont de force, semble-t-il, à arrêter ce dieu qui renverse tout sur son passage, et piétine les livres, symboles de la sagesse ! Face à lui, armée de sa torche, Alecto, une des érynies, les déesses vengeresses de la mythologie, le tire en avant, comme pour l’inciter encore davantage à la haine. On peut aussi identifier, renversés en bas du tableau, une femme au luth brisé (plus de musique, donc plus d’harmonie !), un architecte avec ses instruments à la main : c’est la ruine qui attend un pays en guerre. Une femme, apeurée, serre son enfant dans les bras : ne sont-ce pas les mères qui souffrent les premières lors des guerres ? En contraste de couleurs, à droite une femme représente l’Europe en deuil, suivie par un enfant qui porte le globe surmonté de la croix chrétienne. Désespérée, elle lève les bras vers le ciel comme pour implorer Dieu d’arrêter ce massacre… mais le ciel, tourmenté et enfumé ne paraît fournir aucune aide. On aperçoit même, en haut à droite du tableau, des figures monstrueuses qiu peuvent illustrer la famine, la peste, tous les maux qu’entraîne la guerre.

Dénoncer la guerre, c’est donc dénoncer la part animale, instinctive, qui mène l’homme à vouloir exterminer son prochain, c’est tenter de lui montrer qu’il se détruit lui-même, c’est l’amener à construire un monde plus juste, plus respectueux des libertés et des droits des peuples à diriger leur destin. C’est aussi lui faire comprendre que les guerres sont le plus souvent faites pour les intérêts des puissants, qui ne se soucient guère des vies humaines qu’ils leur sacrifient. En cela, ce corpus appelle le lecteur à plus de lucidité. On voit bien alors qu”analyser la dénonciation de la guerre revient à définir les droits légitimes de chaque être, et l’exercice du pouvoir.

Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu, 1728 MONTESQUIEU, Lettres persanes, XIII, Histoire des troglodytes, 1721 

Les Lettres persanes de Montesquieu sont un échange de lettres entre deux Persans, Rica et Usbek, venus en France en 1711 (encore sous le règne de Louis XIV), et leurs amis restés en Perse. Cette fiction allie le roman exotique, alors à la mode, et un tableau de la France, depuis les moeurs de ses habitants jusqu’à son organisation politique, économique, ou ses pratiques religieuses. Mais dès la lettre XI, adressée par Usbek à Mirza,  Montesquieu développe un apologue autour de la vie d’un peuple imaginaire, les Troglodytes. Après la critique des méchants Troglodytes, vient l’utopie : une partie du peuple a survécu aux discordes : ce sont les « bons Troglodytes », vertueux donc prospères. Leur prospérité, malheureusement, fait des envieux, et la guerre se déclenche. Comment Montesquieu la représente-t-il ?

Voltaire  VOLTAIRE, Micromégas, 1752

C’est lors de son exil chez Mme. du Chêtelet, entre 1738 et 1739, que Voltaire (1694-1778) rédige Micromégas, conte philosophique qu’il ne prend guère au sérieux, ne le jugeant pas digne d’être publié. Il le remanie plus tard, à Berlin, pour divertir Frédéric II de Prusse par cette vision cocasse d’un géant, associé à un nain, tous deux voyageurs de l’espace, et le fait publier en 1752. Mais aujourd’hui, ce que Voltaire comparait aux « bouffonneries d’Arlequin » représente un parfait exemple du conte philosophique, permettant d’unir le divertissement et la réflexion sur l’homme et la société. Quelle critique de la barbarie des « terriens » Voltaire élabore-t-il ici ?

Portrait de Damilaville DAMILAVILLE, L’Encyclopédie, article « Paix », 1764 

Damilaville (1723-1768) fut l’ami et correspondant de Voltaire et de Diderot. A ce titre, il rédigea certains articles de l’Encyclopédie. Or la réflexion sur la guerre est un thème récurrent de la pensée philosophique du XVIIIe siècle. Damilaville en reprend l’analyse dans l’article  » Paix « , montrant par ce choix à quel point les deux notions ne peuvent se définir que l’une par rapport à l’autre. Ce qui frappe dans cet article qui décrit, en réalité, presque exclusivement la guerre, c’est la violence des critiques contre ce « carnage inutile » résultant des « passions aveugles » des princes. Comment l’éloge de la paix se change-t-il en un réquisitoire ? 

Voltaire, à 41 ans, portrait de Quentin de La Tour VOLTAIRE, Dictionnaire encyclopédique, article « Guerre », 1764

Cet écrivain (1694-1778), a abordé tous les genres littéraires. Mais il s’est aussi engagé directement dans les combats de son temps, notamment contre le fanatisme et l’intolérance, lors des affaires Calas, Sirven, Lally-Tollendal. Son Dictionnaire philosophique portatif, paru en 1764, puis réédité en 1769 avec des ajouts, enfin intitulé simplement Dictionnaire philosophique, comparé aux grandes manœuvres de l’Encyclopédie (440 articles), est une machine de guerre au format d’un livre de poche avec ses 118 articles. Mais l’œuvre n’en a pas moins été brûlée, donc jugée dangereuse. En quoi ce texte est-il typique de l’esprit voltairien  par le sujet qu’il traite et le ton employé ?

Arthur Rimbaud en 1872, par Carjat RIMBAUD, Poésies, « Le Mal », 1870

 « Le Mal », sonnet qui fait partie du recueil Poésies, publié à titre posthume en 1898, a été écrit sans doute à la fin de 1870, et remis au jeune poète Demeny dans ce qu’on appellera « le Cahier de Douai » . La jeunesse de Rimbaud (1854-1891), âgé de seize ans lors de cette guerre, qui se déroule dans sa région, le conduit à réagir violemment contre les atrocités commises. Le titre du poème montre bien sa révolte contre ceux que les victimes de la guerre laissent indifférents, mais reste tout de même énigmatique : quels sont donc les responsables de ce « mal » ?

Roger martin du Gard MARTIN DU GARD,  Les Thibault, « L’Eté 14″, 1936

 Dans son « roman-fleuve » de huit volumes, Les Thibault, Roger Martin du Gard relate la vie d’une famille bourgeoise de 1905 à 1918, à travers le destin de deux frères, Antoine et Jacques, que tout oppose malgré leur amour sincère. Le premier est médecin, passionné par sa profession dont il a fait son idéal, le cadet, lui, est un révolté, et cette révolte, dans l’avant-dernier tome, intitulé L »Eté 14, va se traduire par son militantisme pacifisme. Ce texte est celui d’un tract qu’il a rédigé pour appeler les combattants à la paix, et qu’il a l’intention de lancer d’un avion sur le front. Comment ce violent réquisitoire démythifie-t-il la guerre ?


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