Aimer-la-littérature

Bienvenue sur mon blog

10
avr 2010
Corpus : Images de la ville – Présentation
Posté dans Corpus par cotentinghislaine à 5:31 | Commentaires fermés

Introduction

PROBLEMATIQUE

        Déjà dans la Bible l’image de la ville est présente, le plus souvent chargée, notamment dans l’Ancien Testament, d’une connotation péjorative. Dès que les hommes se sont regroupés dans des « villes », elles deviennent le lieu de toutes les débauches, de toutes les corruptions à l’image de Sodome et Gomorrhe, de Babel avec sa tour qui défie Dieu, ou de Babylone. Pourtant à ces villes s’opposera Jérusalem, la ville sainte, capitale de la terre promise, et, surtout, image d’une Jérusalem céleste, lieu de la réconciliation de l’homme avec son créateur.
       Cette double image, ainsi mise en place, parcourt toute la littérature, variable en fonction des périodes. Parfois les écrivains vont critiquer les modes de vie urbains, le caractère que la ville imprime à ses habitants : elle apparaît alors menaçante, destructrice… par rapport à une « nature » qui serait le lieu des vraies valeurs, des âmes pures. Par opposition, d’autres chanteront le progrès qu’illustre la ville, la beauté de ses édifices, son confort et ses richesses, et l’élan créatif qu’elle stimule. Enfin la ville sera aussi le thème de prédilection des utopistes, le lieu de toutes les expériences, à modeler pour que l’homme puisse y trouver le bonheur auquel il aspire.

Comment les écrivains représentent-ils la ville et ceux qui y vivent ? Les pages qui suivent vont tenter de répondre à cette problématique, à travers des textes d’époques, de genres et de registres différents.
Nous partirons du XVII° siècle où, autour du roi, la vie des privilégiés ne se conçoit pas loin de Paris. Rappelons que lorsqu’Alceste, héros du Misanthrope de Molière,  parle de quitter Paris, la belle Célimène refuse de le suivre dans son « désert ». D’ailleurs l’exil loin de Paris reste, encore au XVIII° siècle, une sanction judiciaire redoutée ! C’est pourtant au XVIII° siècle qu’est relancé le conflit entre la « ville » et la « campagne », pour les uns opposition entre lieu du progrès, de la civilisation face au lieu de l’inculture, pour les autres opposition entre lieu de corruption des âmes face à la nature, lieu de pureté et de sincérité… Débat ardent entre Voltaire et Rousseau !
Débat encore plus intense avec l’entrée de la France dans l’ère industrielle au XIX° siècle. L’exode rural s’accentue, on « monte » à Paris des plus lointaines provinces… La ville représente alors pour beaucoup tous les espoirs de réussite : « A nous deux, Paris ! « , lance le jeune Rastignac, héros du Père Goriot de Balzac. Mais la vie est dure aux plus faibles dans la ville, et, à côté des plus puissantes fortunes, toutes les misères s’y côtoient. Les Romantiques rejettent avec violence la ville, pourtant ils continuent à vivre et à publier à Paris, qui devient un centre intellectuel cosmopolite. Fascination, dégoût, élan vital, enfer des vices, les images s’opposent et se combinent…
La ville est ainsi le thème qui permet de cristalliser les caractéristiques des grands mouvements littéraires entre le XVII° et le XX° siècle, jusqu’aux surréalistes qui en font leur lieu de prédilection, car la ville est ouverte à tous les « hasards », jaillissement de toutes les rencontres, de toutes les surprises.

Boileau peint par Hyacinthe Rigaud BOILEAU, Les Satires, VI, Les embarras de Paris 
Quand Boileau fait paraître, en 1666, ses six premières Satires, il remporte aussitôt un vif succès, largement dû à la façon dont il sut, tout en s’inspirant de ses modèles antiques, Horace et Juvénal, jeter un regard acéré, et souvent plein d’humour, sur les réalités de son époque. Dans cette sixième satire, il dresse un tableau particulièrement vivant et pittoresque des rues de Paris et de l’agitation populaire qui y règne. Mais plus que d’une simple peinture, il s’agit bien là d’une « satire », c’est-à-dire d’une critique.
Comment Boileau représente-t-il la vie parisienne ?  

Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu, 1728  MONTESQUIEU, Lettres persanes, XXIV, Description de Paris
Les Lettres persanes de Montesquieu sont un échange de lettres entre deux Persans, Rica et Usbek, venus en France en 1711 (encore sous le règne de Louis XIV), et leurs amis restés en Perse. Cette fiction allie le roman exotique, alors à la mode, et un tableau de la France, depuis les moeurs de ses habitants jusqu’à son organisation politique, économique, ou ses pratiques religieuses. Dans la lettre XXIV Montesquieu se sert du regard naïf de « l’étranger » pour attirer l’attention de son lecteur sur les réalités que ce dernier, trop habitué à les voir, ne remarque plus. Or quel Français,  à cette époque, n’est pas persuadé que Paris est la plus belle ville du monde et ses habitants les plus civilisés ? Comment Montesquieu va-t-il remettre en cause cette image flatteuse ?

  Voltaire, à 41 ans, portrait de Quentin de La Tour VOLTAIRE, Candide ou l’optimisme, chap. XVIII, « l’Eldorado »

Dans ce conte philosophique, publié anonymement à Genève en 1759, Voltaire fait traverser à son jeune héros, Candide, toutes une série d’épreuves qui vont peu à peu lui prouver que l’enseignement qu’il a reçu de son maître Pangloss est sans fondement : tout n’est pas « pour le mieux dans le meilleur des mondes possible » ! Mais Voltaire ne se limite pas à la satire de l’optimisme. Par exemple, en conduisant son personnage dans le pays merveilleux d’Eldorado, l’utopie qu’il nous présente constitue à la fois une critique de Paris, et pose plusieurs des idéaux chers au « siècle des Lumières ».

 Balzac, peint par Hamon BALZAC,  La Fille aux yeux d’or, « Physionomies parisiennes » 
La Fille aux yeux d’or, paru en 1835, est le troisième volume de « L’histoire de Treize », inscrit dans la Comédie Humaine, titre général donné à son oeuvre par Balzac. Plus précisément, le roman entre dans la section « Scènes de la vie parisienne – Etudes de moeurs ». Il est donc tout naturel qu’avant de raconter l’histoire de l’enlèvement de la belle Paquita par le vicomte de Marsay, Balzac présente son cadre, Paris, et ses habitants. L’écrivain réaliste considère, en effet, que l’homme est le produit de son milieu. Pour comprendre la société parisienne, dont il se veut l’historien, il lui faut donc d’abord l’observer, comme un entomologiste observerait un insecte. A quelles conclusions cette observation de Paris conduit-elle Balzac ?*

Corpus : Images de la ville - Présentation  dans Corpus baudelaire-114x150 

 

 BAUDELAIRE, Les Fleurs du mal, « Crépuscule du matin »

  »Crépuscule du matin » est le dernier poème de la seconde section du recueil de Baudelaire, Les Fleurs du mal (1857), intitulée « Tableaux parisiens ». Pour échapper au « spleen », profond mal existentiel qui le ronge, le poète erre dans Paris, mais son regard n’y perçoit que douleurs et misères. Le titre en forme d’oxymore du poème dépeint les souffrances vécues lors d’une nuit parisienne, mais l’aube qui naît ne semble guère apporter d’espoir. Quelle terrible image symbolique de Paris ce « tableau » dépeint-il ?

rimbaud-150x131 dans Corpus

 

 

RIMBAUD, Poésies, « L’Orgie parisienne ou Paris se repeuple »

Daté du 28 mai 1871, immédiatement après la « semaine sanglante » de la Commune qui provoqua tant de morts, ce long poème de Rimbaud, inséré dans le recueil Poésies (1871) donne une image violente d’une ville torturée, tourmentée, sans cesse prête à se soulever, porteuse de colères. L’extrait présenté ici entrecroise la vision d’une Paris éternel, personnifiée en allégorie de la liberté, et celle d’une ville à présent détruite, « quasi morte ». Mais le poète se change alors en prophète pour prédire la renaissance de Paris. Quelle vision de la ville, passée, présente et future, Rimbaud met-il en place ?

Emile Verhaeren, peint par Théo van Gogh VERHAEREN,  Les Villes tentaculaires, « L’âme de la ville » 
Les Villes tentaculaires, recueil de poèmes paru en 1895, forme une suite aux Campagnes hallucinées, qui expliquait comme l’exode rural dévorait les campagnes, en les vidant de leur sang. Ainsi les villes se gonflent de toute une population, qui s’y entasse dans une misère à laquelle le poète, socialiste, ne reste pas insensible. Le quatrième poème du recueil, « l’âme de la ville », constitue une longue description d’un espace qui allie grandeur et décadence, horreurs et beautés, élans créateurs et germes des destruction. Mais, telle une pieuvre, animal auquel le recueil emprunte son titre, la croissance effrénée du monde moderne ne condamne-t-elle pas la ville à sombrer dans la monstruosité ?  

cendrars-111x150


 

 

CENDRARS, Dix-neuf poèmes élastiques, « Contrastes »
Le titre du recueil de Cendrars, Dix-neuf poèmes élastiques, paru en 1919, en dit long déjà sur la volonté du poète de se libérer des formes, des règles, en un mot, des contraintes de la poésie traditionnelle. Quant au titre du poème, dont est extrait le passage étudié, il résume à lui seul son contenu. « Fenêtres » ouvertes sur la ville, Cendrars associe toutes les images qui se heurtent, se combinent ou se contredisent, en une sorte de catalogue kaléidoscopique coloré et bruyant. Comment Cendrars restitue-t-il les multiples « contrastes » qui composent l »atmosphère parisienne? 

prevert-119x150

 

 

 

PRÉVERT, Histoires, « À la belle étoile »

Composé à l’origine en 1934 pour le film de Renoir, Le Crime de monsieur Lang, Prévert intègre à Histoires, paru en 1946, « A la belle étoile », qui évoque, comme les autres textes de ce recueil, des figures du Paris populaire, clochards et voyous, prostituées et proxénètes… Il nous montre alors la lutte des plus faibles pour résister à la misère, leur quête de « la belle étoile », qui paraît bien inaccessible, hélas… Mais ce titre se charge de sens multiples. Quels aspects contrastés du Paris de l’immédiat après-guerre Prévert nous fait-il découvrir ?

 Roger Ikor IKOR,  Les fils d’Avrom, Tome 2, Les Eaux mêlées 
En 1955, Roger Ikor (1912-1986) reçoit le prix Goncourt pour le second tome de sa saga, les Fils d’Avrom, intitulé Les Eaux mêlées. Dans le premier tome, La Greffe de printemps, il racontait comment son héros, Yankel Mykhanowitzki, parti d’un petit village russe pour fuir les pogroms, s’installait en France avec un profond désir de devenir totalement français sans, pour autant, renier ses origines. Mais ce sera son fils Simon qui réalisera cette « greffe » en épousant Jacqueline, une « vraie Française », et ainsi les « eaux » vont se mêler. En retraçant cette saga familiale, Ikor dépeint aussi les profonds bouleversements que connaît la France durant cette période troublée, accélérés dans l’après-guerre : la guerre a laissé ses traces, tout un monde s’est modifié, à commencer par le paysage urbain… Mais faut-il vraiment regretter le « bon vieux temps » ?


Fil RSS 2.0. Réponses et trackbacks sont desactivés.

Réponses desactivées.

lire puis écrire |
Pour l'amour de la langue e... |
Laisse moi mettre des poème... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le Dragon de la Rivière
| Tisseurs de Mondes
| agnes2nantes