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25
sept 2010
Pausanias, Périégèse de la Grèce, I, 22 – Fonctions du voyage : découvertes et remises en cause »
Posté dans Corpus, Essai par cotentinghislaine à 12:21 | Commentaires fermés

« Athènes et l’Acropole », V, 6

Les conquêtes de l'Empire romain En 146, la défaite des cités grecques coalisées fait de ce pays une partie de l’empire romain, mais ne lui enlève rien de son prestige, qui pousse alors beaucoup de jeunes citoyens, imprégnés de culture grecque, à achever leur formation intellectuelle par un voyage dont Athènes est une étape incontournable. C’est le cas de Pausanias (né vers 115 – mort en 180), grec originaire de Lydie, en Asie mineure.
Pausanias, Périégèse de la Grèce, I, 22 - Fonctions du voyage : découvertes et remises en cause Pausanias, Périégèse de la Grèce, Athènes et l’Acropole Mais il effectue aussi
un travail de géographe en composant une sorte de  « guide de voyage », description qu’il intitule « Périégèse »,   soit « récit à propos de… » Ce guide est construit chronologiquement, le Livre I proposant le séjour à Athènes, et ici, l’Acropole, lieu emblématique de la cité. 

D’où vient l’originalité de ce récit de voyage ?

LA DESCRIPTION 

Le texte est construit comme si le lecteur suivait les pas du visiteur. Vient d’abord une situation géographique générale (l. 1-2), puis l’entrée « dans la citadelle » : « les vestibules ». Ensuite le parcours est organisé : « à droite », « à gauche ». Enfin, à partir de la « salle », comme dans un musée, on a le détail des tableaux.

C’est donc à travers les yeux du visiteur, présent dans le « je », que nous découvrons l’Acropole : « Dans un autre tableau, vous voyez… » On remarque le désir d’exhaustivité comme dans un « guide de voyage », avec l’énumération, l’accumulation des noms propres et plusieurs récurrences : »il y a », le verbe « est », la formule « Dans un autre »…

 Vue générale de l'Acropole Deux aspects sont d’emblée mis en valeur. Pausanias fait ressortir la fonction de « citadelle » de l’Acropole, en position défensive, conformément à son étymologie,  »la cité d’en haut », et protectrice de la ville. D’où l’allusion à la « chapelle de la Victoire », c’est-à-dire au petit temple dédié à Athéna-Nikè. La grandeur et le luxe de l’Acropole sont perceptibles à travers le matériau, « le marbre blanc », « la grandeur des pierres » et « les ornements », dont « les statues équestres ». Puis l’attention se focalise sur les tableaux dans les paragraphes 6 et 7. Mais, dans leur présentation, tous les sujets se retrouvent mêlés : les héros de la mythologie grecque, les personnages historiques, tel Alcibiade, ou des hommes ordinaires, comme « un enfant qiu porte des cruches d’eau » et « un Athlète peint par Timenète ».

 FONCTIONS DU RECIT

Le récit a d’abord une fonction didactique, car on y reconnaît le désir d’enrichir la connaissance d’un lecteur déjà cultivé, d’où le regret qu’exprime Pausanias quand il ne peut fournir les explications nécessaires : « Je n’ai pu savoir qui l’on a voulu représenter », « on ne connaît rien à plusieurs parce que le temps les a effacées… ». Pausanias fait donc preuve d’une conscience historique, liée à la notion du temps qui passe : importance de préserver un patrimoine et de le transmettre aux générations futures. 

Mais l’histoire se dégage encore mal de la légende, car il met sur le même plan les faits réels, par exemple l’existence de Xénophon ou la « victoire » d’Alcibiade, et la mythologie, qu’il s’agisse de la guerre de Troie, ou des faits rattachés au mythe fondateur d’Athènes avec son roi, Egée. 

=== Le parti-pris d’exactitude est en partie remis en cause par le recours au registre merveilleux.

 Le voyage de Pausanias, frontispice de la Périégèse Mais la description revêt aussi une fonction expressive. Le récit, en effet, prend vie par l‘implication du narrateur, qui se pose en témoin et transmet ses sentiments, notamment son admiration. On note le jugement mélioratif hyperbolique : « un marbre blanc, qui [...] passe tout ce que j’ai vu de plus beau ». De plus, il exprime volontiers ses réactions de voyageur cultivé : « j’ai remarqué un portrait de Musée qui me rappelle de vieilles poésies ». 

=== En cela Pausanias s’écarte de l’objectivité attendue d’un historien-géographe, pour devenir un simple visiteur, ému par ce qu’il découvre.  Ainsi on sent en lui, citoyen d’un empire romain où la Grèce n’est plus qu’une province, l’Achaïe, un sincère désir d’entretenir la gloire d’une brillante civilisation, de lutter contre l’usure du « temps » en faisant revivre les oeuvres d’art. 

 Parallèlement, Pausanias utilise sa description pour se livrer à une véritable critique littéraire. On note, en effet, son jugement sur Homère, tantôt pour le suivre (« comme Homère le raconte »), tantôt avec sa propre volonté de rétablir une vérité, par exemple pour le sacrifice de Polyxène, « action barbare qu’Homère a jugé plus à propos de passer sous silence », ou à propos des relations féminines d’Achille : « il s’est bien gardé de dire que ce guerrier avait passé quelque temps dans cette île avec des filles ». 

En même temps, il réfléchit sur la transmission des textes à la fin du passage, à propos de Musée : « nous n’avons rien qui soit bien certainement de Musée, si ce n’est un hymne… » 

Enfin, il est capable de prendre du recul avec sa propre narration, en introduisant la notion de digression : « je laisse l’histoire de Méduse comme étrangère à mon sujet ». Il fait preuve ainsi d’une conscience aiguë de son rôle et des limites qu’un écrivain doit savoir s’imposer.

 CONCLUSION

Ce texte représente un des premiers récits de véritable voyage connus. Il révèle déjà le lien établi entre le voyageur-narrateur, qui exprime sa subjectivité, ses impressions, son admiration souvent, et son destinataire. A travers ses choix de description, nous pouvons alors mesurer l’objectif qu’il accorde à ce type de récit. 

Dans l’extrait domine la dimension esthétique, affirmant la visée culturelle du « guide de voyage ». Mais on notera le mélange de la représentation réaliste, purement descriptive, fondée sur une observation précise, et écrite de façon neutre et dépouillée, sans souci d’ornements, et de l’anecdote, rappelant brièvement les légendes les plus connues de la mythologie, dont inscrite dans le registre merveilleux. Ainsi la Grèce antique est restituée avec plus de vérité. 


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