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30
déc 2010
Corpus : « Le roman, miroir de son temps » – Introduction
Posté dans Corpus, Roman par cotentinghislaine à 12:58 | Commentaires fermés

Introduction

DEFINITION  

A l’origine, entre le V° et le VIII° siècle, le terme « roman » désigne l’ensemble des dialectes parlés dans la province romaine de Gaule, dérivés du latin populaire, donc considérés comme une forme d’expression vulgaire réservée au bas peuple. Dans la littérature apparaît, au XII° siècle, l’expression « mettre en roman », qui se réfère à des oeuvres en vers racontant des aventures dans cette langue vulgaire. Or, rappelons que, dans l’antiquité, le récit en tant que tel, même si l’on peut en trouver des passages dans la tragédie, est réservé à l’épopée.

Corpus :   Cette origine donne au genre littéraire qui prendra l’appellation de « roman » trois caractéristiques initiales. Comme l’épopée, le roman s’écrit d’abord en vers et fait intervenir le merveilleux, en correspondance avec les valeurs du temps qui le produit, en l’occurrence le christianisme. Comme elle, il narre les exploits d’un héros qui se distingue par sa beauté et sa force, physique ou morale. Comme elle, enfin, il introduit des personnages secondaires qui représentent le cadre social et historique et les valeurs de la société qui le produit.

romanderenart2.vignette dans Roman   Peu à peu, le « roman » se détache de ce cadre originel en puisant dans l’ensemble des genres médiévaux, empruntant par exemple ses personnages aux contes bretons, ou son registre satirique aux fabliaux. Sa définition se fixe alors, en même temps que Chrétien de Troyes emploie, pour la première fois, l’expression « faire un roman », qui met l’accent sur l’activité créatrice de son auteur. Il devient un récit en prose, écrit en langue romane, qui raconte une crise vécue par un héros, ou une héroïne ; son contexte rejette peu à peu le merveilleux pour privilégier l’inscription dans l’Histoire et dans la réalité sociale.

IMAGES DU ROMAN

Mais cette origine va faire peser sur le roman – et pendant longtemps ! – une triple condamnation, que l’on retrouve jusqu’au XIX° siècle, par exemple dans le fait d’interdire aux jeunes filles la lecture des romans… Il ne bénéficie pas, d’une part, de l’aura historique d’une noble origine, l’antiquité gréco-romaine : écrit en langue « vulgaire », il ne peut pas fournir de modèle, ni insulfler les hautes vertus des héros antiques. Il est, d’autre part, moralement blâmable, car il montre des héros « en crise », donc met en évidence les faiblesses des hommes : il encouragerait donc les mauvaises moeurs, et inciterait à céder facilement aux plus vils penchants. Cela entraîne une ultime condamnation, sociale : avec son invraisemblance et son goût pour les péripéties amoureuses, il serait un genre « inférieur », propre à pervertir les esprits, notamment quand il vient à tomber entre les mains des femmes…

lalectricefragonard.vignette C’est Mme de La Fayette qui, face à cet héritage, va donner au roman ses lettres de noblesse, au XVII° siècle, en alliant le thème de l’amour impossible, donc l’analyse psychologique, aux valeurs morales d’une société aristocratique. A partir de La Princesse de Clèves (1678), le roman prend son essor : entre 1700 et 1720 on a pu compter plus de 260 nouveaux titres de romans en France contre 63 en Angleterre. Le développement des cabinets des salons, puis des cabinets de lecture le conduit à toucher un public de plus en plus large, et les idées qu’il peut véhiculer, sous le masque d’une fiction plaisante, inquiètent les institutions politiques et religieuses : de nombreux romans connaissent la censure, ou sont publiés à l’étranger.
 On ne lit plus ! Sa libération, en même temps que sa diversification, interviennent au XIX° siècle : les courants littéraires, romantisme, réalisme, naturalisme, y trouvent leur champ d’application privilégié, et de nouveaux « genres romanesques » naissent, la science-fiction, par  exemple avec Jules Verne.
Au XX° siècle, plus rien ne viendra mettre de limites à la créativité du romancier, qui remet en cause l’écriture même du roman, devenant l’objet de toutes les expérimentations narratives et se chargeant de toutes les interrogations du siècle. Quant à notre époque, alors même qu’on ne cesse de déplorer qu’ »on ne lit plus », jamais les rentrées littéraires n’ont vu paraître autant de romans, et il est à prévoir que les e-books viendront progressivement prendre leur place dans cette incitation à la découverte de nouveaux univers romanesques.

Les extraits retenus visent à mettre l’accent sur l’évolution des rapports entre les personnages et la société qui les environne, à travers quelques oeuvres qui peuvent conduire à réfléchir sur la façon dont le roman reflète les enjeux de son époque.

Portrait de Mme de La Fayette Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves, 1678

Toute jeune encore, avant même son mariage, celle qui deviendra la comtesse de La Fayette (1634-1693) fréquente les salons mondains, et devient demoiselle d’honneur de la régente Anne d’Autriche : elle pénètre ainsi au coeur des intrigues de la Cour, dont va se faire l’écho le roman qu’elle fait paraître anonymement, La Princesse de Clèves. Cette histoire d’un amour impossible, qui se déroule antérieurement, sous le règne d’Henri II (de 1547 à sa mort en 1559), n’en restitue pas moins un tableau fidèle des valeurs auxquelles adhère encore, à la fin du XVII° siècle, la noblesse. Elle a aussi le mérite de livrer une analyse psychologique fouillée des émois amoureux. Quels contours la romancière donne-t-elle à ce moment essentiel qu’est la naissance de l’amour ? 

Portrait de Rousseau Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse, III, lettre XV, 1761

Dès sa publication, le roman épistolaire de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) devient l’oeuvre à succès du siècle. Il retrace, par un échange de lettres entre les protagonistes, la belle et noble Julie et son précepteur Saint-Preux, l’amour impossible qui les unit. Il correspond ainsi à l’ »âme sensible » qui, peu à peu au fil du XVIII° siècle, supplante le rationalisme, annonçant la sensibilité romantique du siècle suivant. Dans cette lettre où l’héroïne annonce à celui qu’elle aime passionnément qu’elle va épouser celui que son père a choisi pour elle, comment Rousseau parvient-il à affirmer la suprématie de l’amour sur tous les obstacles que peut lui opposer la société?

Zola, peint par Manet, 1868 Zola, L’Assommoir, chapitre VI, 1877

Dans sa fresque romanesque, « Les Rougon-Macquart », Emile Zola (1840-1902) entend appliquer les principes du mouvement dont il est le chef de file, le naturalisme, emrpruntés à la science, en dressant le tableau de la société du Second Empire à travers l’histoire d’une famille qui subit une lourde hérédité. Dans sa « Préface » il définit son roman, l’Assommoir, comme « le premier roman sur le peuple qui ait l’odeur du peuple ». Il y raconte la lente déchéance de Gervaise, à l’origine heureuse dans son travail de blanchisseuse, mais qui sombre dans l’alcoolisme à la suite de son compagnon Coupeau, lui-même victime d’un accident de travail qui le prive de son emploi. Comment Zola représente-t-il les femmes dans ce milieu ouvrier ?

Daniel Pennac  Pennac, « Au bonheur des ogres », 1985

Parmi les romanciers contemporains, Daniel Pennac (né en 1944) affirme très vite son originalité, en alliant, dans ses premiers romans, des intrigues policières à une vision satirique de notre société. Dans Au bonheur des ogres, son héros, Benjamin Malaussène, qui travaille dans un grand magasin parisien pour nourrir la nombreuse famille que sa mère lui a laissé à charge, assiste, un soir de Noël, à l’explosion d’une bombe au rayon des jouets. Commence alors l’enquête… Nous suivons donc les pas de ce héros, souvent cocasse, qui exerce le curieux métier de « bouc émissaire » et doit donc répondre à toutes les plaintes des clients. Comment, par le biais de ce personnage, Pennac va-t-il nous dépeindre ce temple de la consommation qu’est un grand magasin ?


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