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Archive pour le 8 janvier, 2011


Corpus : « Quelles luttes pour les femmes ? » – Introduction

8 janvier, 2011
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Introduction

CONTEXTUALISATION  

La littérature offre, à toutes les époques, aussi bien dans l’antiquité grecque, avec la poétesse Sapho, ou une héroïne tragique comme Antigone, qu’au moyen âge français avec, par exemple Marie de France, auteur des Lais, ou pendant la Renaissance, où les exemples se multiplient, des figures de femmes qui ont illustré des révoltes, ou ont prouvé qu’elles avaient toutes les qualités pour participer pleinement à la vie de la cité.
Pourtant, quand nous observons le statut des femmes au XVII° siècle, juridiquement mineures, nous comprenons l’importance des revendications de celles qui se nommèrent Précieuses et régnèrent sur une grande partie de la vie intellectuelle et mondaine du siècle [ cf. site en lien : « L’héritage antique dans le théâtre français » – Le XVII° siècle : Molière – « Ouverture culturelle : la Préciosité » ].
La guirlande de Julie  Une anecdote en propose un joli symbole. La fille de Madame de Rambouillet, alors âgée de 18 ans, trouve, le 1er janvier 1634, suspendu à sa garde-robe, un manuscrit richement décoré, intitulé La Guirlande de Julie. Offert par les habitués du salon mondain que tient sa mère, c’est un recueil de poèmes galants, où chaque auteur fait parler une fleur en l’honneur de la jeune fille. Les Précieuses ne souhaitaient-elles pas voir les femmes reconnues – et à leur juste prix, par seulement au montant de leur dot ? Malheureusement, qu’avons-nous retenu de la Préciosité ? Souvent la caricature qu’en propose Molière dans Les
 Précieuses ridicules ou dans Les Femmes savantes

Mme du Chatelet Il faudra attendre le « siècle des Lumières » pour que soient relancées les luttes des femmes, aussi bien sous la plume des plus lettrées d’entre elles, telle Emilie du Chatelet, qu’avec l’appui des « philosophes » qui débattent alors sur la condition féminine. Il est alors logique que ces revendications conduisent les femmes à participer activement à la Révolution de 1789, telle Olympe de Gouges qui, en parallèle à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, composa la Déclaration des droits de la femme, et adopta des positions qui lui valurent la guillotine. Pourtant, l’observation des acquis des femmes grâce à la révolution justifie le jugement sévère de Condorcet : « Les révolutionnaires ont tranquillement exclu la moitié du genre humain » de la vie politique. Ils s’en méfiaient, en effet, et leur ont peu à peu fermé leurs clubs, en cherchant à les écarter de toute fonction publique. Même si, en 1792, est votée une loi sur le divorce, elle fut très vite remise en cause… et au XIX° siècle les luttes vont se poursuivre. Alexandre Dumas fils baptise même ces « féministes », terme qui, pour lui, n’a rien d’un compliment ! On attend encore de la femme douceur et soumission totale à son devoir d’épouse et de mère…

Quelles furent ces luttes ? Sur quels arguments se sont-elles fondées, et quelles revendications posaient-elles ? Autant de questions auxquelles ce corpus tentera d’apporter quelques réponses littéraires…

L’ARGUMENTATION

Avant de parcourir ces extraits, il convient de rappeler les caractéristiques de l’argumentation qu’il s’agisse de présenter l’opinion de l’auteur ou celle de son adversaire. On identifiera donc le thème, c’est-à-dire le sujet du débat, et la thèse, défendue, soutenue, prônée, ou, au contraire, attaquée, critiquée, réfutée, rejetée. Des arguments viendront l’appuyer, en répondant à la question « Pourquoi cette opinion ? ». Ils seront soutenus, éclairés, prouvés même, par des exemples.

Le texte argumentatif cherche d’abord à convaincre : il s’agit de faire appel à la raison du destinataire, en mettant en oeuvre la logique. D’où l’importance prise par les connecteurs logiques, qui déterminent la démarche, posant des causes, déterminant des conséquences, dégageant des oppositions, posant des hypothèses … L’argumentation peut procéder en partant d’une « loi » générale pour en faire, ensuite l’analyse détaillée, fondée sur des arguments et des exemples, ou, inversement, l’auteur peut choisir de poser d’abord des exemples, d’où il fera sortir la thèse. Parfois aussi, la démarche s’appuie sur une comparaison, voire sur une hypothèse dont la thèse démontrera l’absurdité… Toutes les stratégies sont possibles, l’essentiel étant que le destinataire renonce à son idée.
Mais, pour ce faire, l’appel à la raison s’avère souvent insuffisant ! Il faut alors le persuader : l’émouvoir, toucher ses sentiments ou son imagination. L’écrivain va alors recourir à tous les procédés que lui offre la langue : il va modaliser son discours.

LA MODALISATION

La modalisation peut être définie comme l’ensemble des procédés qui aident à influencer le récepteur, qui vont provoquer en lui les sentiments nécessaires pour qu’il adhère à la thèse.
Cicéron, le moèdle des orateurs romains La modalisation concerne donc d’abord l’auteur, qui peut s’impliquer directement dans son argumentation, laisser la place à un porte-parole, ou s’effacer. Il choisira le pronom « Je » pour mettre en avant ses compétences, son expérience ou ses propres sentiments – ou jouera la modestie, la naïveté pour donner un plus grand rôle à son récepteur auquel il peut parfois s’associer dans le pronom « nous » ou en généralisant par l’indéfini « on ». Inversement, il peut décider de rendre son discours plus objectif, plus neutre, avec des formules impersonnelles : « il faudrait », « il est utile de », « il convient »… Mais, même dans ce dernier cas, on peut reconnaître sa subjectivité : il manifestera un doute par « il se pourrait » ou « peut-être », son rejet par un énergique « absolument pas », et son enthousiasme par des adverbes par exemple, « vraiment », « manifestement »…

De la même façon, il peut accorder une place apparente à son récepteur, ou le faire disparaître. Parfois, il va le doter de la parole, jusqu’à entamer avec lui un dialogue animé, par le moyen d’un discours rapporté, direct, ou indirect. Souvent il l’interpellera, pour tenter de l’amener à régir, le vouvoyant ou le tutoyant selon le lien de familiarité qu’il veut établir avec lui. Parfois, il anticipe ses objections, ou imagine ses réactions… Présent ou absent, le destinataire n’est, de toute façon, jamais oublié dans un texte argumentatif : une question, par exemple, dite rhétorique ou oratoire, n’est le plus souvent qu’un moyen de l’obliger à prendre position.

Calliope, muse de l'éloquence Enfin le message même que porte le texte se trouve modalisé, d’abord par le choix d’un lexique qui, mélioratif ou péjoratif, révèle le point de vue soutenu ou critiqué. Les temps verbaux jouent également un rôle important, pour nuancer ou affirmer une opinion : l’écart est grand entre le doute qu’introduit, par exemple, un conditionnel, et la certitude d’un futur. Ces choix se trouveront renforcés par des modalités expressives, interrogative, exclamative, voire impérative, avec toutes ses nuances : « vous devriez comprendre », « vous devez comprendre », « il faut comprendre », « comprenez »… Il jouera aussi sur toutes les figures de style qui peuvent mettre en valeur sa pensée, une comparaison ou une métaphore pour l’illustrer, une hyperbole ou un oxymore pour traduire son ironie, une antithèse énergique… Enfin il donnera à son discours un rythme propre à entraîner le lecteur, tantôt abrégeant ses phrases en formules énergiques, tantôt les rythmant par des anaphores, ou les allongeant quand il se laisse emporter par la colère ou l’enthousiasme. Tout cela procède de ce que l’on nomme l’éloquence.

=== Maîtriser tous ces procédés, c’est, pour un écrivain, s’être forgé des armes précieuses s’il veut entreprendre un combat : il inscrit alors son texte dans le registre polémique, et met tous les atouts dans son camp pour vaincre dans la guerre des mots qu’il entreprend. Mais il est tout aussi important que son lecteur les maîtrise aussi, pour ne pas partir battu d’avance, pour ne pas se laisser duper par les apparences, pour pouvoir faire preuve de l’esprit critique au lieu de se laisser mener comme un mouton… vers un éventuel précipice !

Voltaire Voltaire, Mélanges, Pamphlets et oeuvres politiques, « Femmes, soyez soumises à vos maris », 1759-1768

A partir de la citation de Saint Paul, qui sert de titre à cette oeuvre, Voltaire (1694-1778), entreprend de défendre avec énergie les droits des femmes, en se cachant derrière un personnage porte-parole, la maréchale de Grancey, qu’il montre en pleine conversation avec un abbé, indigné face à sa révolte.  Souvent rebelle lui-même et en lutte contre les abus de son temps, et surtout contre les abus religieux, comment cet écrivain aurait-il pu refuser cette occasion de s’attaquer aux préjugés d’origine religieuse ? Comment ce dialogue combine-t-il la violence du réquisitoire et l’intensité du plaidoyer en faveur de la liberté ?

 Portrait d'Olympe de Gouges Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, « postambule », 1791

Montée à Paris après son veuvage, Olympe de Gouges (1748-1793) a participé aux débats des Girondins et aux luttes révolutionnaires, contre toutes les formes d’esclavage, ce qui incluait aussi celui de la femme, à ses yeux. Elle rédigea donc, sur le modèle de la Déclaration des Droits de l’hommes et du citoyen, une série d’articles, intitulée Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne, précédés d’un « Préambule » et suivis d’un « Postambule » qui lui sert de conclusion. Persuadée que les révolutionnaires, dans leurs combats, ont oublié les femmes asservies, elle appelle celles-ci à la révolte. Comment procède-t-elle pour les convaincre de réclamer l’égalité ?

Portrait de Louise Michel Louise Michel, Mémoires, 1886

Louise Michel (1830-1905) consacre sa vie entière à la lutte révolutionnaire, notamment lors de la Commune en 1870, ce qui lui vaut le surnom de « Vierge rouge », et la déportation en Nouvelle-Calédonie. Elle ne renonce pas pour autant, et dès son retour en France, en 1880, elle reprend ses combats, dont ses Mémoires portent le témoignage. Elle y révèle toute son émotion face au sort, souvent pitoyable, des femmes, mais aussi toute sa violence pour les appeler à la lutte. Comment parvenir à transformer la condition féminine ?

Portrait de Colette Colette, Les Heures longues, « L’enfant de l’ennemi », 1917

 Dès I910, Colette (1873-1954), lancée par son époux Willy dans la vie littéraire, commence à écrire des chroniques, le plus souvent hebdomadaires, pour le journal Le Matin. Elles se poursuivent pendant toute la durée de la guerre, et forment la base de plusieurs recueils, dont Les Heures longues en 1917, d’où est tiré l’article sur « l’Enfant de l’ennemi », daté, lui, du 24 mars 1915. Colette y aborde le difficile sujet des femmes violées lors de l’avancée allemande en août 14. Ce traumatisme est encore plus terrible lorsqu’elles attendent un enfant, et le débat divise alors l’opinion publique. Ces femmes doivent-elles avorter ou garder cet enfant, éternel souvenir d’une guerre douloureuse ?

Louise Weiss Louise Weiss, Mémoires d’une européenne, III, « Combats pour les femmes », 1968-1976

 Dès la fin de la 1ère guerre mondiale, à laquelle elle a participé comme infirmière, Louise Weiss (1893-1983) s’engage en faveur du pacifisme et lutte aux côtés d’Aristide Briand, fondant aussi une revue, l’Europe nouvelle. Cet engagement la conduit également à militer activement en faveur des droits des femmes. Ce sont tous ces « combats » dont rend compte son autobiographie, publiée de 1968 à 1976, notamment pour le droit de vote des femmes, alors même qu’un projet de loi doit être débattu au Parlement en 1935. Avec l’appui de son association « La femme nouvelle », elle doit affronter des adversaires virulents… Quelles réactions ses revendications féministes provoquent-elles ?

ET POUR CONCLURE…

Les textes étudiés s’opposent tous à la vision traditionnelle de la femme, héritage de la religion, et que l’éducation donnée aux filles a transmise pendant des siècles. Jusqu’au XX° siècle, ces arguments et ces préjugés sont repris.
Le poids de la religion                 Une vision traditionnelle                  Du haut en bas de l'échelle sociale
Au fil des textes des écrivains, hommes, mais aussi, de plus en plus depuis le XVIII° siècle, femmes, ont lutté pour briser ces préjugés, et ont revendiqué des droits, dans tous les domaines. Mais ces combats ont-ils abouti ?
Un droit acquis Dans notre démocratie, ces luttes ont permis de nombreux acquis, et ont ouvert aux femmes bien des portes.
La journée internationale de la femme Mais les droits des femmes restent sans cesse menacés, et sont loin d’être en application encore dans bon nombre de pays.
Notre époque ne continue-t-elle pas, d’ailleurs, à faire coexister l’image porteuse de préjugés
La femme en famille                La femme-glamour                 Une femme présidente ?

et l’image qui les remet en cause ?
Pour une remise en cause 

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