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Archive pour janvier, 2012


« Tamango » : lecture analytique, « Une révolte d’esclaves »

22 janvier, 2012
Conte-nouvelle | Commentaires fermés

Une révolte d’esclaves

pp. 35-36

 

Publiée en 1829, la nouvelle de Mérimée raconte le douloureux itinéraire de Tamango, guerrier d’Afrique, de la liberté sur sa terre du Sénégal à l’esclavage,  et sa révolte sur un bateau négrier.

Monté à bord du navire négrier pour reprendre son épouse, Ayché, qu’il a lui-même cédée au capitaine Ledoux, Tamango est devenu esclave. Mais il veut retrouver sa liberté.

Comment Tamango prépare-t-il la révolte?   

 L’HABILETÉ DU HEROS  

Une origine guerrière Tamango n’a pas oublié ses origines guerrière (cf. p. 43). Il en a gardé le courage, la force d’âme de celui qui est prêt à tout pour vaincre : « un effort généreux ». On notera son aptitude à élaborer une stratégie. Il a, en effet, soigneusement observé ses gardiens, leur « petit nombre », leur « négligence toujours croissante ». Il teste leur vigilance par une ruse : la façon dont il s’empare du fusil et le manie avec des « gestes grotesques » pour ne pas éveiller les soupçons, alors qu’il sait très bien tirer.   

Il est aussi un orateur, doté de charisme. On observe un champ lexical qui met en valeur l’habileté de son langage : « exhortait », « harangues », « éloquence ». Il possède la langue des « Peules », ce qui lui permet d’exposer son plan sans souci de l’interprète. Ses arguments sont présentés selon une gradation. D’abord il leur fait miroiter l’espoir du retour : « … il saurait les ramener dans leur pays » ; puis il fait appel à la magie, de façon à mieux manipuler l’esprit de ses compagnons : « vantait son savoir dans les sciences occultes ». Enfin il suscite leur peur : « menaçait de la vengeance du diable ». === Ainsi il joue de son pouvoir de chef : « le craindre », « lui obéir ». 

 LES INTERVENTIONS DU NARRATEUR  

 

 Mais Mérimée ne se prive pas de critiquer son héros. Ainsi derrière l’assurance qu’il lui prête, il souligne la part du mensonge. En fait derrière l’aspect « généreux », il cache des intentions égoïstes : il ne pense qu’à récupérer son épouse, Ayché. De plus derrière sa stratégie, il masque beaucoup d’ignorance. En réalité, il ne sait pas gouverner un navire (« il se vantait ») et  finalement il n’a pas de plan très défini : « il répondit vaguement ».

la sorcellerie  === Ses seuls atouts viennent de son aptitude à jouer avec les croyances de ses compagnons, pour les manipuler en leur faisant croire à ses pouvoirs surnaturels : « le diable lui apparaissait en songe ».    

Mérimée, malgré une évidente dénonciation de l’esclavage, garde donc la vision péjorative du monde noir, propre à son époque. Avec un lexique péjoratif, il montre les Noirs comme naïfs, crédules, à cause de leurs croyances irrationnelles : « … dont les Noirs sont fort entichés » . Ils fait d’eux des êtres chez lesquels la soumission est une seconde nature : « l’habitude de le craindre et de lui obéir ». 

=== Ils semblent naturellement « faits pour » être esclaves, inaptes donc à la liberté. 

  Comme cela se faisait souvent au XIX° siècle, la nouvelle a d’abord été publiée en feuilleton dans la Revue de Paris. Cela entraîne une technique : à la fin de ce que l’on nommerait aujourd’hui un « épisode », il convient de créer un horizon d’attente. C’est le cas ici, très habilement puisque Mérimée nous fait entrer dans l’esprit de son héros, par le discours indirect libre qui nous projette dans l’avenir : « quand le temps viendrait… ». === Le lecteur attend donc la péripétie suivante : la révolte.

CONCLUSION 

On note l’absence de discours direct, synonyme d’une vérité qui ne conviendrait pas ici aux fausses déclarations de Tamango. Mérimée lui préfère le discours indirect, qui lui permet d’influencer son lecteur par ses propres commentaires sur son héros et sur ses compagnons. C’est donc bien l’écrivain qui conduit son récit comme il le souhaite. 

L’intérêt de cette nouvelle vient du tableau de l’esclavage qu’elle propose. Certes Mérimée s’indigne à plusieurs reprises contre la façon inhumaine dont les négriers effectuent leur odieux trafic humain. Mais il n’est pas encore libéré de tous les préjugés sur le monde africain qui emplissent les ouvrages des voyageurs de son temps. Il montre une révolte… mais le chef de cette révolte n’est pas vraiment un héros estimable.

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