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Archive pour janvier, 2013


Léry, « Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil » – Lecture analytique : Chapitre XIII

20 janvier, 2013
La Renaissance | Commentaires fermés

Chapitre XIII: de « Du reste… » à « … américain »

Léry, Présentation de l’œuvre : Vingt ans après son voyage au Brésil, de 1556 à 1558, le protestant Jean de Léry en fait le récit. Il nous fait ainsi découvrir ce nouveau monde, mais, surtout, en racontant ses contacts avec ces peuples dits « sauvages », il entreprend une réflexion humaniste sur les valeurs du monde dit « civilisé », souvent remises en cause. (cf. « Mes pages » pour une étude globale de l’oeuvre).

Situation du texte : Après un difficile voyage, Jean de Léry et ses compagnons rejoignent enfin l’île, dans la baie de Rio, où s’est établi Villegagnon. Mais, après 8 mois, ce dernier retourne au catholicisme, et les protestants se séparent de lui pour s’installer sur le rivage en attendant le navire qui doit les ramener en France. En fait, ils vont rester un an en partageant la vie des indiens Toüoupinambaoults. Le récit en fait le portrait, décrit leurs coutumes, leurs occupations (chasse et pêche), enfin la faune et la flore.
Le chapitre XIII, portant sur la flore, s’attarde sur ce bois de Brésil que les Européens viennent chercher sur ces terres. C’est pour Léry l’occasion de reproduire un dialogue entre lui et un « sauvage ».

A travers ce texte, nous nous interrogerons que la façon dont le récit met en valeur le rôle que joue le regard porté par le « sauvage » sur le monde occidental.

LE RECIT DE VOYAGE

Tout récit de voyage vise à faire partager au lecteur les découvertes, les expériences, les étonnements du voyageur-explorateur : il doit donc s’inscrire dans le réel.

la-france-antartique-150x150 dans La RenaissanceC’est pourquoi Léry, en voulant représenter cette terre du Brésil et le peuple des Toüoupinambaoults, choisit d’insérer dans son récit des mots de leur langue, inaugurant ainsi la démarche des futurs ethonologues qui permet à une langue d’être reconnue. Il désigne les Occidentaux par les termes « Mairs » et « Peros« , aussitôt suivis de « c’est-à-dire » pour les traduire aussitôt, de même que pour l’ »Arabotan » ou « bois de Brésil ». Plus loin, il en expliquera l’usage qu’en font les indigènes, en utilisant une parenthèse : « rougir leurs cordons de coton, leurs plumes et d’autres choses ». Il s’agit donc bien, pour lui, de restituer la dimension exotique du pays découvert.

Toujours dans le but de rendre véridique ce récit, il insiste sur sa propre position de découvreur, au moyen d’une forme de familiarité dans sa façon de parler de ce peuple : « nos Toüoupinambaoults« , « mon sauvage », « mon vieillard ». Il commente aussi la relation établie avec lui, en faisant tout pour la rendre vraisemblable. Elle avait, en effet, débuté avec une formule rappelant le conte : « il y eut une fois un vieillard ». Pour l’ancrer dans la réalité, il explique donc comment lui-même s’implique dans la conversation, en précisant son désir de « le persuader », ou en se mettant à sa portée pour lui fournir des informations sur le commerce en Europe, par exemple au moyen de comparaisons, « comme eux-mêmes s’en servaient… », « comme il y a tel marchand… », ou dans une parenthèse : « (essayant toujours de lui parler des choses qui lui étaient connues) ». L’engagement du vieillard dans ce débat, maintes fois signalé, contribue aussi à accentuer la vraisemblance de la conversation : « ayant bien retenu ce que je lui venais de lui dire », « comme ils sont aussi grands discoureurs, et et qu’ils poursuivent fort bien un propos jusqu’au bout ». Enfin, très habilement, il en fait affirmer la crédibilité par le lecteur lui-même, dans une parenthèse encore : « (qui comme vous le jugerez n’était nullement lourdaud) », et conclut en la réaffirmant lui-même : « Voilà sommairement le véridique discours que j’ai entendu ». 

=== Le lecteur peut ainsi croire en l’objectivité d’un récit, grâce à cette recherche d’explication et d’exactitude dans la reproduction du dialogue… Mais, s’il se rappelle que ce récit est écrit vingt ans après le voyage lui-même, il comprendra que cette objectivité est surtout un leurre, et qu’il ne faut pas se fier à cette première impression. Tout est, en fait, filtré par le regard du découvreur et son objectif de démonstration. Le récit de voyage reste subjectif.

UN DIALOGUE ARGUMENTATIF

Le dialogue repose sur un jeu de questions/réponses, mais ici inversé par rapport à la logique de l’exploration : c’est le « sauvage » qui pose les questions et cherche à comprendre l’Européen, et non pas l’inverse, attendu lors d’une découverte. 

Ce dialogue se déroule en deux temps. Le premier temps est plutôt explicatif. La conversation s’ouvre, en effet, sur une première question, au discours rapporté direct, sur la raison du désir des Européens de s’approprier le « bois » du Brésil : « N’y en a-t-il pas dans votre pays ? » Léry reformule sa longue réponse sur l’usage de ce bois en Europe, mais dans un discours indirect, aussitôt suivie d’une seconde question du vieillard, qui introduit la notion de quantité : « Soit, mais vous en faut-il tant ? » La réponse, cette fois-ci directe, apporte une seconde explication sur l’organisation du commerce à l’importation en Europe. Cette première étape se termine par une sorte de conclusion du « sauvage » : « Ha, ha […] tu me racontes des choses étonnantes. » Le second temps, lui, permet au « sauvage » de relancer la conversation par une objection, introduite par le connecteur « Mais », de développer un raisonnement, et de formuler longuement sa critique contre le monde occidental.
=== La répartition de la parole donne nettement l’avantage au « sauvage » : c’est lui qui ouvre le dialogue, qui le relance, et, surtout, qui le conclut. De plus, on ne peut pas vraiment parler de débat, car l’Européen se contente surtout d’informer plus qu’il n’avance des arguments. C’est le vieillard qui mène l’argumentation.

En fait, Léry utilise ici une stratégie argumentative, qui consiste à placer l’étranger dans le rôle du naïf pour amener le lecteur à réfléchir sur ce qu’il ne remarque plus parce qu’il y est trop habitué. Ici c’est l’Indien qui, en jetant un regard neuf sur le monde occidental, oblige le lecteur à le voir autrement. Ainsi, ses questions, courtes et simples, traduisent déjà une critique, celle de l’excès, par la reprise de l’adverbe d’intensité : « vous en faut-il tant ? », « cet homme si riche dont tu me parles, ne meurt-il point? ».  Puis il pose son jugement d’abord de façon ironique, avec l’interjection répétée, « Ha, ha », qui figure le rire ; puis le blâme devient direct, et plus sévère : « vous autres Françaisvous êtes de grands fous. »
richesses-du-bresil1-150x150=== Cela permet à l’auteur de démasquer l’avidité des Européens, le « sauvage » lui servant de porte-parole avec sa question rhétorique qui dénonce l’inutilité de cette quête de richesses, puisqu’elles ne serviront qu’à des descendants : « vous faut-il tant vous tourmenter à passer la mer », « vous endurez tant de maux ».

En opposition à la pratique de l’occident, fondée sur le profit, le « sauvage » pose une conception fondée sur l’idée d’une « nature-providence », nourricière, fournissant à l’homme tout ce dont il besoin. On note la répétition du verbe « nourrir » avec un parallélisme entre le passé (« la terre qui vous a nourris », formule reprise deux fois) et le futur : « pour les nourrir », « les nourrira ». En même temps, cette conception implique une forme de respect de cette terre nourricière, pour ne pas en gaspiller les ressources, et la laisser en héritage aux descendants : « nous nous assurons qu’après notre mort la terre […] les nourrira […], nous nous reposons sur cela. ». Il fait donc l’éloge d’une vie simple, proche de la terre, sans souci de progrès ni d’essor économique. La dernière phrase de l’extrait révèle que Léry adhère à cette conception, car elle traduit, derrière la formule « la propre bouche d’un pauvre sauvage américain », une forme d’antiphrase : ce « sauvage » semble vraiment bien plus sensé que les Européens qui viennent exploiter les richesses de sa terre. 

CONCLUSION

bon_sauvage-150x90Ce dialogue, malgré toute la stratégie mise en place pour le rendre véridique, n’est-il pas, en réalité, une fiction ? Ce vieillard « sauvage », si habile dans son argumentation, est, en fait, le représentant de l’auteur, et de sa foi protestante. C’est elle qui explique la dénonciation de la quête excessive de richesses, en accord avec le choix de vie simple affiché par le protestantisme, et la confiance en une terre créée par Dieu pour nourrir ses habitants, ceux-ci se devant de respecter le monde naturel qui leur a été ainsi donné. Léry semble avoir trouvé une coïncidence entre la simplicité indigène et celle revendiquée par les Protestants.

Ce texte met également en place, au XVI° siècle, la notion de relativité. Les « grandes découvertes » de la Renaissance conduisent, en effet, le monde occidental à s’interroger sur lui-même, et même à remettre en cause l’européocentrisme. On retrouvera cette attitude chez d’autres auteurs de cette époque, tel Montaigne dans le chapitre « Des Cannibales » de ses Essais, et au « siècle des Lumières », lui aussi siècle d’exploration, par exemple chez Diderot qui fait parler un vieillard tahitien dans Supplément au voyage de Bougainville.

Léry, « Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil » – Lecture analytique : chapitre V, pp. 47-49

1 janvier, 2013
La Renaissance | Commentaires fermés

Chapitre V : de « Cependant… » à « … leur peau »

Présentation de l’œuvre : Vingt ans après son voyage au Brésil, de 1556 à 1558, le protestant Jean de Léry en fait le récit. Il nous fait ainsi découvrir ce nouveau monde, mais, surtout, en racontant ses contacts avec ces peuples dits « sauvages », il entreprend une réflexion humaniste sur les valeurs du monde dit « civilisé », souvent remises en cause. (cf. « Mes pages » pour une étude globale de l’oeuvre).

Situation du texte : Après avoir expliqué les raisons et les conditions de son départ, Léry raconte les péripéties du long voyage maritime jusqu’au Brésil. La première terre rencontrée est celle du peuple, Margaïas, dont le territoire a été conquis déjà par les Portugais, donc, a priori, ennemi des Français. Une chaloupe envoyé vers la terre pour trouver des vivres, ramène avec elle à bord du vaisseau, six hommes et une femme.

A travers ce texte, nous nous interrogerons que le rôle que joue le regard porté par le « sauvage » sur le monde occidental.

L’EXPLORATION DU NOUVEAU MONDE

Ce passage donne une bonne idée de ce qu’a pu représenter au XVI° siècle un voyage tel que celui de Léry, image de bien d’autres effectués à cette époque.

Léry, Le premier objectif est la quête de richesses, paroles du chef protestant Coligny lors du départ de Villegagnon : « il pourrait découvrir beaucoup de richesses et autres avantages au profit du royaume ». Ce but premier des Européens est parfaitement connu des Indiens, pour preuve la déclaration hyperbolique des vieillards pour les tenter : « le plus beau », « dans tout le pays ». Dans cet objectif d’accaparer les richesses de ce nouveau monde, les indigènes sont mis au service des Européens : « couper », « porter », « en nous procurant des vivres ». C’est ainsi que débute l’exploitation du territoire découvert, dont les richesses seront pillées et les peuples mis en esclavage.

david-shilds-the-warship-mary-rose-xvi-siecle-150x96 dans La RenaissanceMais un tel voyage n’est pas sans risques ! Il y a, bien sûr, les dangers maritimes car les Français ne sont pas les seuls à entreprendre cette exploration, les Espagnols et les Portugais les ont précédés. Ainsi les attaques en mer sont fréquentes, raison pour laquelle le vaisseau est fortement armé en « artillerie », avec des canons. Un épisode antérieur évoque cela (cf. pp. 38-40). S’y ajoutent les dangers courus à terre. D’une part, les autres Européens, en conquérant les territoires, se sont fait des alliés, entraînant ainsi les peuples indigènes dans leurs propres rivalités, comme c’est le cas des Margaïas (ou Margayas) : « en ennemis qu’ils étaient, comme je l’ai dit. ».
D’autre part, il ne faut pas oublier
la nature même des peuples indigènes. Ils sont des anthropophages, ce qui, forcément, effraie les Français. Ils sont donc montrés comme capables de perfidie (« nous attirer, et finement nous faire mettre pied à terre ») et le sort qui attend les explorateurs est clairement évoqué : « nous mettre en pièces et nous manger ». Cela explique la prudence adoptée par les Européens, à la fois pour eux-mêmes, mais aussi en pensant à de futurs voyageurs : cf. la parenthèse p. 48. Ils veillent donc à « payer et remercier des vivres », afin de conduire les indigènes à préférer l’appât du gain à la violence meurtrière.

Ces deux aspects montrent à quel point le monde européen est mû, lui-même, par l’appât du gain, au point de reporter leur conception sur le monde indien.

LE CONTACT ENTRE LES DEUX MONDES

Mais le récit de Léry nous dépeint également la façon dont le monde européen et le monde indigène entrent en contact.

contacts-entre-cultures-150x150Le troc est la première base de l’échange, puisque le monde indigène ignore l’argent : « ils n’ont entre eux nul usage de monnaie ». Tout échange, indispensable déjà pour les « vivres », c’est-à-dire la survie des Occidentaux, s’effectue donc ainsi, comme le montre l’énumération des objets fournis. Parmi eux, certains ont une utilité directe pour le mode de vie indigène : « couteaux », « hameçons à pêcher ». Mais d’autres relèvent de la fascination des Indiens pour des objets inconnus, tels les « miroirs », qui peuvent paraître magiques. Les « chemises », elles, renvoient au désir des Européens de masquer une nudité offensante pour le monde chrétien. Cet échange est, cependant, fort déséquilibré, car les Européens offrent des objets de peu de valeur pour obtenir ce qui, pour eux, a un grand prix car cela permettra leur survie.

Ces premiers contacts révèlent aussi une curiosité réciproque. Ainsi les Indiens n’ont pas hésité à laisser monter à bord « deux ou trois vieillards qui semblaient être des plus en vue de leur paroisse », des sages envoyés pour découvrir le monde européen, qu’ils examinent de fort près : « après qu’avec une grand admiration nos Margajas eurent bien regardé notre artillerie et tout ce qu’ils voulurent dans notre vaisseau ». Mais le narrateur aussi exprime sa curiosité, déjà dans les lignes précédant ce passage : « je vous laisse à penser si je les regardai et contemplai attentivement ». Il observe et juge (« ces bonnes gens […] n’avaient pas été chiches de nous montrer tout ce qu’ils portaient ») et il interprète, avec ses mots d’européen, comme dans la parenthèse avec l’emploi du terme européen de « paroisse »..

la-nudite-des-femems-indigenes1-150x124Cela conduit Léry à mesurer l’inversion des valeurs en usage dans ce nouveau monde par rapport à celles de l’Occident. Il aborde, en effet, un thème qui sera développé au chapitre VIII à propos des femmes indigènes, celui de la nudité. On constate alors une opposition entre le jugement chrétien sur la nudité, négatif, et le ton amusé adopté par le narrateur dans son anecdote. Le conditionnel rappelle brièvement le blâme religieux : « découvrant ce que plutôt il eût fallu cacher ». Les Européens leur offrent donc des chemises, pour appliquer les exigences de la Bible. Après avoir mangé la pomme interdite (le péché originel), Adam et Eve se rendent compte qu’ils sont nus pour la première fois : « Et ils virent qu’ils étaient nus ». Ils en éprouvent de la honte, et couvrent leur corps. Ainsi se vêtir décemment est, pour les chrétiens, le signe de la nature corrompue de l’homme depuis le péché originel. La nudité était innocente au jardin d’Eden mais ne peut être que criminelle ensuite. Dans cette optique la nudité des Indiens devrait susciter de l’horreur, et une condamnation morale.
Or ce n’est pas le cas. En fait, Léry ne veut pas critiquer la nudité des sauvages, qu’il a perçue plutôt positivement. Dès le début de cette dernière partie du récit, évoquant leur départ, il
les qualifie de « bonnes gens ». Il invite également son lecteur à ne pas les blâmer, par sa une question rhétorique (« n’est-ce pas ? ») qui déplace le sujet sur une question de « civilité » et par son choix plaisant des termes européens (« officiers », « ambassadeurs ») pour désigner ces indigènes en visite sur le vaisseau.

De plus, il apporte des arguments qui font de ces « sauvages » des hommes d’avant la Chute, naturels : les Indiens ne connaissent pas la Bible et sont ignorants de leur état de pécheurs. Il formule donc deux hypothèses pour expliquer leur comportement. La première repose sur une inversion du proverbe français, qui montrerait une forme de courage, pour eux la vie serait de peu de prix. La seconde suppose une volonté, très louable, ne pas « abîmer » les cadeaux reçus serait une forme de respect envers ceux qui les leur ont offerts : « peut-être comme une magnificence de leur pays à notre égard ».

Ainsi ces deux mondes s’observent et se jugent, avec une évidente forme d’indulgence de la part de Léry.

CONCLUSION

Cet extrait marque la confrontation de deux mondes que tout oppose. Le point de vue européen s’exprime par l’emploi du pronom « nous », mais ici le point de vue indigène est transmis à travers le regard de Léry (« eux ») et non pas directement. Il n’est qu’au début de son voyage, et n’a pas encore communiqué vraiment avec les indigènes : il se contente de ce qu’il a appris d’eux, et d’hypothèses sur ce qu’il voit.

Il porte alors un jugement ambigu sur ce monde indigène. D’un côté, il ne masque pas l’aspect « sauvage » : le cannibalisme, la nudité… Mais la conscience des dangers, bien réels, coexiste avec un sourire amusé devant le naturel de ce peuple. Ainsi, même si le pronom « nous » l’insère dans le groupe des Européens, on sent chez lui un respect naissant, et l’idée que ce monde dit « sauvage » doit avoir, lui aussi, ses élites, ses règles, ses coutumes.

Mais il convient de ne pas oublier que ce récit fonctionne comme une autobiographie : il est écrit vingt ans après le voyage. Il est donc permis de se demander si ses réflexions correspondent au moment de ses découvertes, ou sont faites a posteriori, à une époque où sévissent les guerres de religion.

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