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Archive pour la catégorie 'Conte-nouvelle'


« Le rossignol et la rose » : lecture analytique, « l’épilogue »

15 novembre, 2009
Conte-nouvelle | Commentaires fermés

L’épilogue 

INTRODUCTION  Le rossignol est mort, offrant douloureusement son sang pour créer la « rose rouge » qui permettra à l’étudiant d’obtenir de sa bien-aimée qu’elle danse avec lui au bal du prince. Nous sommes donc dans l’épilogue, mais bien différent de celui d’un conte traditionnel. Comment et pourquoi Wilde transforme-t-il la tradition ? Oscar Wilde, le désenchanté                etudiant.bmp             de l’auteur à son héros

L’ÉPILOGUE D’UN CONTE

                Comme dans un conte traditionnel, l’objet recherché a été obtenu grâce au sacrifice du rossignol, l’adjuvant, et sa dimension magique est soulignée par l’étonnement et l’admiration de l’étudiant : « Quelle étrange bonne fortune !  » (phrase nominale exclamative), « je n’ai jamais vu pareille rose », « si belle » (lexique hyperbolique). La réussite, signe du triomphe de l’amour, est nettement marquée par le redoublement du « et » : « Et il se pencha et la cueillit ».

             Le rêve de l’étudiant se trouve concrétisé lorsqu’il se rend auprès de sa bien-aimée, à laquelle il peut déclarer son amour, de façon insistante. Il amplifie la valeur de la rose par un superlatif, « la plus rouge du monde », en en précisant le symbolisme : « elle vous dira combien je vous aime ». L’épilogue reprend affirmativement ce que le début du conte niait : « nous danserons ensemble ».

===         Puisque le jeune homme a surmonté l’épreuve imposée, le lecteur attend alors l’épilogue traditionnel d’un conte : après le bal, « ils se marièrent, ils furent heureux et ils eurent beaucoup d’enfants ».

               LE SENS DE L’ÉPILOGUE 

                Mais l’épilogue inverse le conte, en raison des réactions de la jeune fille. Même si son apparence est gracieuse, avec son « petit chien [...] à ses pieds » et son occupation qui la rapproche d’une princesse de conte, elle se trouve enlaidie par sa mimique : « Elle fronça les sourcils ». Son discours confirme sa nature capricieuse et coquette, avec le prétexte avancé, sa crainte que la rose « n’aille pas avec [s]a robe ». Elle révèle son matérialisme par les raisons de sa préférence pour le neveu du chambellan :  « quelques vrais bijoux », les « boucles d’argent ».  Elle renforce son choix en en faisant une vérité générale : « chacun sait » que ce sont là de vraies valeurs ! Enfin sa colère n’est pas digne d’une princesse de conte : avec l’exclamation, l’interrogation oratoire, et l’interjection « Peuh! », son mépris éclate.

                Dans un conte traditionnel, le rejet de sa bien-aimée condamnerait l’étudiant à une éternelle douleur : il serait alors le « vrai amoureux », selon la demande du rossignol. Mais il en va tout autrement ici. Le geste de jeter la rose « dans le ruisseau » représente la négation même du conte. Il annule le sacrifice du rossignol (donc sa fonction d’adjuvant) et la valeur de l’objet magique. Le fait qu’elle soit « écras[ée] » par « une charrette » (moyen de transport ordinaire) détruit aussi la dimension poétique, constituant comme une seconde mort pour le rossignol.

                Rejeter la rose, symboliquement, revient, en effet, à rejeter l’amour. La vision romantique de l’amour est détruite ; il est perçu comme impossible et source de désillusion :  » Quelle niaiserie que l’amour! » (exclamation), « il parle toujours de choses qui n’arriveront pas, et fait croire aux gens des choses qui ne sont pas vraies. »

===         C’est bien la société qui triomphe, l’amour n’étant pas de taille à lutter contre la réalité « logique », « pratique » : « à notre époque tout est d’être pratique ». Il convient donc d’abandonner le romantisme, comme l’a fait la jeune fille.

  

                Mais un deuxième contraste est introduit dans cet épilogue, par le choix ultime de l’étudiant, paradoxal. Il proclame la nécessité d’être « utile », de « prouver » par la « logique », d’avoir le sens « pratique ». Il devrait donc choisir d’agir dans la société concrètement, de devenir un scientifique, d’être plus matérialiste. Mais il ne fait fuir la réalité en choisissant « la métaphysique » : la partie de la philosophie qui réfléchit à ce qui dépasse la mesure de l’univers physique, soit la vie et la mort, l’âme, la religion…, des notions abstraites. L’image finale le montre coupé de toute réalité « dans sa chambre » : il quitte le présent pour se plonger dans le passé : il « ouvrit un grand livre poudreux et se mit à lire ».

===         L’épilogue montre non seulement le rejet de l’amour, mais aussi celui du  monde, de toute action sur lui, de toute création.     

  CONCLUSION 

                Ce « conte » se nie lui-même en tant que genre littéraire, pour se rapprocher du genre de la nouvelle : l‘action magique est annulée, l’adjuvant s’est sacrifié pour rien, l’amour est détruit par ceux mêmes qui le portaient au début. Ainsi l’épilogue, par le contraste qu’il introduit, devient ce que, dans une nouvelle, on nomme « la chute », propre à créer un effet de surprise.

                Il traduit le pessimisme d’Oscar Wilde : comme beaucoup de jeunes gens dans la seconde moitié du siècle, et également pour des raisons biographiques, Oscar Wilde s’éloigne du romantisme, courant dominant dans la première moitié du XIX° siècle, pour se replier sur lui-même. Il juge sévèrement son époque, égoïste, matérialiste et qui rejette l’artiste comme son étudiant rejette la rose, créée par le sang du rossignol. On peut parler d’un véritable désenchantement, sentiment partagé par ceux qui adopteront le dandysme comme conception de vie.  

 

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