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Les personnages dans « Phèdre »

L’héroïne, Phèdre

SON HÉRÉDITÉ 

L’hérédité de Phèdre lui donne une dimension bipolaire.

Pasiphaé s'unit à un taureau  Par sa mère, Pasiphaé, elle descend d’Apollon-Le Soleil (« [...] et je soutiens la vue / De ce sacré soleil dont je suis descendue? »), ce qui la place sous le ligne de la lumière comme en témoigne aussi son nom, « Phaedra », la lumineuse. Cette lumière s’illustre par sa lucidité, l’éclairage brutal qu’elle jette sur sa propre passion. Mais de sa mère, qui s’était unie avec un taureau, donnant ainsi le jour au monstre célèbre, le Minotaure, elle hérite aussi de « brûler » d’une passion coupable, devenant à son tour un « monstre » à supprimer. 

Minos, juge aux Enfers  Par son père, Minos, elle descend de Jupiter, ce qu’elle rappelle elle-même : « J’ai pour aïeul le père et le maître des dieux [...] » (vers 1275). Mais ce père est devenu, en compagnie d’Eaque et de Rhadamante, juge suprême aux Enfers : « Minos juge aux Enfers tous les pâles humains. » (vers 1280). De lui, elle hérite à la fois la rigueur de sa propre conscience qui la juge, mais aussi les ténèbres qu’elle porte en elle, les sombres pulsions et les désirs coupables qui l’agitent. [cf. page « Racine, Phèdre » – Les dieux dans l’œuvre] 

SON RÔLE SOCIAL 

Dès son entrée en scène (I, 3), Phèdre rappelle sa position sociale, ce rôle de reine, qui amplifie encore l’ampleur de l’interdit d’aimer : « Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent! » (vers 158) Épouse de Thésée, elle est, en effet, reine de Trézène, toute-puissante en l’absence de son époux, et c’est ainsi que la voit Hippolyte. 

De Thésée, Phèdre a eu deux fils. Cela donne à la pièce une dimension politique, puisque l’aîné a des droits légitimes au trône, face aux droits d’Hippolyte et d’Aricie. N’oublions pas l’importance que les guerres de succession avaient à l’époque où écrit Racine : ce thème passionnait le public de son temps. Mais Oenone lui rappelle ce rôle de mère surtout pour lui donner une raison de vivre : « Sa mort vous laisse un fils à qui vous vous devez, / Esclave s’il vous perd, et roi si vous vivez. » (vers 343-344). Cette injonction deviendra pour elle d’un prétexte pour solliciter un entretien avec Hippolyte.   

L’amour maternel est, en effet, totalement effacé par la passion qui l’a envahie, et il n’apparaît que lors du dénouement, mentionné par Panope comme un signe du trouble de Phèdre : « Quelquefois, pour flatter ses secrètes douleurs, / Elle prend ses enfants et les baigne de pleurs ; / Et soudain, renonçant à l’amour maternelle, / Sa main avec horreur les repousse loin d’elle ». (V, 5) 

=== Cette oscillation entre l’amour et le rejet révèle pleinement le sentiment d’indignité qu’éprouve Phèdre face à ses enfants innocents. 

PHÈDRE ET LA PASSION 

La passion est vécue comme une véritable torture. Elle se traduit d’abord par un dérèglement des sens : Phèdre a l’impression d’étouffer dans son palais. Elle ne peut rien supporter, ni vêtements, ni coiffure, ni la lumière du jour. C’est une femme languissante qui apparaît au début de la pièce. Un simple regard sur Hippolyte a suffi à provoquer ce trouble, et il se renouvelle dès qu’elle se retrouve en sa présence : « Le voici. Vers mon cœur tout mon sang se retire. » (vers 581). 

Elle provoque aussi un dérèglement de la raison : à plusieurs reprises Phèdre mentionne sa « raison égarée ». Sa passion, devenue obsession, enflamme, en effet, son imagination, crée des hallucinations, des divagations. Elle voit Hippolyte partout. À son insu, ses offrandes et ses prières changent de destination. Plus tard sa colère et sa jalousie se nourrissent du spectacle rêvé des amours d’Hippolyte et d’Aricie, puis elle s’imaginera vivre le jugement sévère que lui infligera son père, Minos. 

=== La passion a donc modifié l’être en créant une véritable aliénation : Phèdre est devenue étrangère à elle-même. 

Le déchirement de l'héroïne De ce fait, Phèdre est une femme déchirée. Tout au long de la pièce, elle hésite entre le silence et l’aveu, entre le mutisme et la confession. Au gré des événements et des pressions insistantes d’Œnone, elle se livrera puis voudra se rétracter, faisant croître en elle le sentiment d’une faute irrémédiable. Cette oscillation reproduit l’alternance entre le désir de mourir, de disparaître dans le néant – et sa faute avec elle – et sa volonté de vivre dès que surgit l’occasion du moindre espoir, qui explique qu’elle cède si facilement aux conseils d’Oenone. Phèdre est également tiraillée entre son exigence de pureté, sa lucidité, et la faute qui l’habite, traduite par les images symboliques de l’ombre et de la lumière. L’ombre permettrait de dissimuler sa faute ; c’est aussi l’ombre de la mort, des domaines infernaux, où la coupable pourrait peut-être trouver l’apaisement après le jugement mais où siège, majestueuse, l’image du père, juge réprobateur, image de la   des pécheurs. La lumière est celle de son aïeul, le soleil, lumière de la conscience qui dissèque et juge sans pitié, lumière de la pureté du cœur dont elle garde la nostalgie. 

Le retour de Thésée  Hippolyte face à Thésée  Phèdre est-elle alors coupable ou innocente ? Elle se sent coupable des sentiments incestueux qui l’habitent même s’ils n’ont pas été exposés à la clarté du jour, même si elle n’a pas manifesté à leur égard la moindre tentative de réalisation. La simple existence de son désir pour Hippolyte suffit à engendrer en elle angoisse et réprobation. Elle ne cesse de dire ses « crimes » : persécution de l’innocent, désir d’ »inceste » et d’ »adultère », compromission en cédant à Oenone, mensonge par refus de détromper confirment de plus en plus Phèdre dans son sentiment de devenir « un monstre exécrable », le « triste rebut de la nature entière ». Au paroxysme de son dégoût, elle éprouve une horreur totale d’elle-même. 

Vénus, déesse de l'amour Consciente de l’énormité de son crime, elle se dit pourtant innocente, en refuse la responsabilité, rejetant d’abord la faute sur Vénus, puis sur Oenone : « Le Ciel mit dans mon sein une flamme funeste / La détestable Œnone a conduit tout le reste ». Elle meurt dans la honte, mais sans repentir, avec le sentiment, que son ultime aveu, suivi du silence éternel de la mort, suffiront à rétablir l’ordre originel un moment perturbé : « Et la mort, à mes yeux, dérobant la clarté / Rend au jour, qu’ils souillaient, toute sa pureté ». 

=== Racine en jugeait ainsi dans sa Préface : « Phèdre n’est ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente. »


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